N'allez surtout pas croire qu'ils se trouvaient là pour répondre à ceux qui les accusent d'être invisibles. Encore moins parce qu'ils piquent du nez dans les sondages.
«Nous ne sentons pas la soupe chaude», a répété la ministre du Patrimoine, Josée Verner, qui parlait encore une fois au nom du groupe. Les autres se contentaient le plus souvent de hocher la tête. On aurait dit Blanche-Neige et ses sept nains.
Question subsidiaire. Comment pouvez-vous réussir à vous faire valoir, si même les activités officielles de votre parti vous font jouer le rôle des fleurs sur la tapisserie?
Blague à part, les candidats conservateurs de la région ont fait une sortie, cette semaine.
Il était à peu près temps.
Quand vos adversaires obtiennent du succès en lançant des avis de recherche à votre endroit - l'une des tactiques les plus usées en politique -, il est vraiment temps de quitter la soucoupe volante pour apparaître en public.
Comment les conservateurs ont-ils pu en arriver là, surtout dans la région de Québec? Il y a un mois à peine, au début de la campagne électorale, tout semblait leur sourire.
Les libéraux étaient en déroute. Un candidat avait dû se retirer pour des déclarations intempestives sur les autochtones. La machine rouge, ou plutôt ce qui en restait, n'arrivait pas à se mettre en branle. Les libéraux en étaient réduits à expliquer la rareté de leurs affiches électorales par le souci de ne pas polluer. À croire qu'il s'agissait du premier parti biodégradable, insistant pour disparaître sans laisser de trace...
Le Bloc québécois n'était pas non plus en grande forme. Le recrutement des candidats avait été difficile. Le parti traversait une crise existentielle. Du genre : «Qui suis-je, où vais-je, vers quel état j'erre»?
Dans les circonstances, le Parti conservateur n'avait qu'à rassurer les électeurs. À démontrer que ses candidats ne provenaient pas d'une secte d'illuminés d'extrême droite, et que son programme ne consistait pas à tailler dans les services sociaux avec une scie à chaîne.
Les stratèges conservateurs savaient cela mieux que quiconque. Pourtant, ils ont fait exactement le contraire. Au premier chef, ils ont tenu à contrôler avec un souci maniaque la moindre apparition publique de leurs candidats. Comme s'il s'agissait de gens indignes de confiance.
Les malheureux ont passé une partie de la campagne à dire qu'ils étaient occupés sur «le terrain». Tant pis si leurs propres organisateurs concédaient que tout ce porte-à-porte n'influencerait au mieux que 5 % du résultat final.
D'ailleurs, au cas où l'extrême discrétion des candidats ne suffirait pas, les conservateurs ont aussi décidé de ne pas présenter de plate-forme régionale. Qui donc remarquerait qu'ils avaient passé cinq longues semaines à parler de leur bilan? Pour tromper l'ennui, les damnés journalistes n'avaient qu'à recopier les communiqués mal traduits de l'anglais, que sécrète en abondance le siège du Parti.
Au passage, dans leur empressement à scier la branche sur laquelle ils sont assis, les conservateurs se sont aussi chamaillés avec plusieurs alliés inconditionnels, y compris dans les médias. Sans parler des échanges aigres-doux avec le premier ministre Jean Charest ou avec le maire de Québec.
Mais qu'à cela ne tienne. À défaut de programme régional et de candidats visibles, les conservateurs ont conçu la théorie du «porteur de ballon». Un étrange concept qui stipule que leurs députés défendront les projets «priorisés» par les gens d'ici.
Autrement dit, l'élu se présente comme une espèce de valise muette dans laquelle on peut mettre ce que l'on veut, avec l'assurance que le contenu aboutira à Ottawa. Bref, ce n'est plus une campagne électorale, c'est un concours du meilleur service de messagerie.
D'accord, tout est encore possible. Le 14 octobre, peut-être que les conservateurs réussiront à sauver les meubles.
Mais si jamais ils frappent un mur, leur échec ne serait pas celui de leurs idées ou même de leurs candidats. Il ne serait pas non plus le résultat d'un complot ourdi par les journalistes, comme certains auraient envie de le croire. À la fin, ils ne pourraient même pas attribuer leurs déboires au brio de leurs adversaires ou à la détérioration de l'économie.
Leur échec serait d'abord le résultat d'une stratégie électorale suicidaire. D'une véritable entreprise d'autodestruction, qu'ils se sont infligée à eux-mêmes.
À Québec, les Bleus menaient cinq à zéro, et ils étaient seuls sur la patinoire. Comment expliquer le fait qu'ils se battent désormais pour faire match nul?













