Surprise? Pas nécessairement, car les coups de sonde des derniers jours annonçaient une journée difficile pour le Parti libéral. Ses appuis fuyaient de tous les côtés, et le NPD de Jack Layton a tiré profit du vote stratégique.
Les interventions de dernière minute des conservateurs pour résoudre une crise qui n'existait pas deux semaines plus tôt, selon eux, leur a permis de rassurer une partie de l'électorat. Après tout, quand l'Américain Bush et le Français Sarkozy abandonnent leur credo procapitaliste et interviennent dans l'économie, leur ami Harper pouvait difficilement s'entêter dans son immobilisme. Les électeurs, surtout en Ontario, ont pardonné ce retard à agir et choisi la continuité avec ce dernier plutôt que l'incertitude avec M. Dion.
Ils ont apprécié savoir que le ministre des Finances, Jim Flaherty, participait à la rencontre du G 7, vendredi et samedi, au lieu d'embrasser des bébés dans un marché public quelconque. Le message haletant, boiteux et complexe du chef libéral a par contre frappé un mur et seule la région immédiate de Toronto a résisté.
J'ai eu l'impression qu'après une remontée à la suite des débats, le ressort de M. Dion a cassé avec son entrevue gâchée au réseau CTV. L'attaque personnelle de M. Harper à son endroit ne volait pas haut, manquait d'élégance, mais elle a porté : Stéphane Dion ne comprenait pas l'anglais et ne connaissait pas ses dossiers, l'affaire était entendue.
M. Harper se retrouve beaucoup plus près d'une majorité que prévu, et M. Dion plus affaibli encore. Sa survie politique ne tient qu'à un fil, et là , je suis poli. Les résultats prouvent au-delà de tout doute que les libéraux, désormais, ne pourront plus jouer à renverser ou non le gouvernement. Le chef conservateur a toutefois raté un objectif de taille : se rallier la dizaine de circonscriptions supplémentaires du Québec qui lui auraient donné sa majorité. J'espère qu'il n'a pas le coeur à la vengeance, car elle sera longue!
L'homme qui l'a bloqué, Gilles Duceppe, a conservé ses acquis parce que de tous les chefs de partis, il défendait le mieux l'identité québécoise. Et il a réussi alors que personne n'attaquait cette dernière.
Au contraire, ses rivaux se disaient tous plus nationalistes les uns que les autres. Cette course à la limite du ridicule a évidemment profité au «vrai» plus nationaliste.
Je vous rappelle toutefois ma «prophétie» de la semaine dernière, selon laquelle que les souverainistes fêtent la veille des élections, puis oublient d'aller aux urnes. Le Bloc a ainsi perdu des sièges qu'il croyait avoir gagnés, à Québec et au Saguenay?Lac-Saint-Jean.
Est-ce que le Québec perd au change parce que ses ministres réélus, dans l'ensemble, ne font pas le poids? Cette hypothèse se défendait quand la Table ministérielle prenait des décisions.
Mais les 30 derniers mois ont prouvé que M. Harper considère la plupart de ses ministres comme des «minus».
S'ils ne pouvaient pas s'exprimer dans le cadre de leurs fonctions, leur silence quasi général durant la campagne a miné encore plus la crédibilité de l'argument de la présence à la Table. Rares furent les ministres utilisés à leur pleine valeur, encore plus rares furent les députés visibles. La campagne conservatrice était façonnée autour du chef, avait été décidée par lui.
Et au vu des résultats, le nouveau gouvernement comme la prochaine campagne se dérouleront exactement de la même manière. Stephen Harper a gagné en mettant à genoux son principal adversaire.

















