Le chef libéral ne veut cependant pas payer pour tous les péchés du monde et a demandé le temps de réfléchir. Les successeurs potentiels s'impatientent et, malgré leurs dénégations, activent leur campagne, et auront l'heure juste lundi après-midi.
Trois voies s'offrent à M. Dion. La première, celle qui correspondrait à sa nature, serait de demeurer en poste et de défier les militants libéraux pendant le vote de confiance prévu pour mai prochain.
Je ne connais personne qui considère sérieusement cette option, ne serait-ce que 10 secondes.
Les électeurs ont finalement rejeté l'homme et son programme, ce qui a un effet pour le moins négatif sur son avenir politique. Ils ont appris à connaître M. Dion et, contrairement à ses espoirs, plus ils le voyaient, moins ils l'aimaient.
Quant à son programme, c'est-à-dire le Tournant vert, l'exercice m'intéressait, en théorie. Mais ce devoir scolaire trop détaillé a fendu l'air.
M. Dion aurait pu démissionner sur le coup, le soir de sa défaite, comme l'a fait Paul Martin en janvier 2006. Mais demandez à des libéraux, comme je l'ai fait cette semaine, et vous aurez sans doute la même réponse : le parti ne doit pas répéter l'erreur d'un départ en catastrophe de son chef.
M. Martin a réagi émotivement, sur un coup de tête, et le parti a surnagé pendant un an sous la coupe d'un chef intérimaire, Bill Graham, qui ne jouissait d'absolument aucune autorité.
Les libéraux en pleine course au leadership donnaient toutes les apparences d'un navire à la dérive au Parlement, car le gentil M. Graham leur avait déjà annoncé sa retraite prochaine. Comme canard mort, difficile de faire mieux.
Éliminons donc cette option.
Alors, reste la seule voie intelligente, à mon avis : M. Dion va partir, et ce départ, pour le bien du parti et du pays ? j'en mets, mais je suis sérieux ? doit s'accomplir de manière civilisée.
Le scénario privilégié serait que les députés acceptent l'offre de leur chef de diriger le parti aux Communes jusqu'au choix de son successeur au moment du congrès déjà prévu pour le mois de mai.
Cette solution a l'avantage d'éviter un intérim incertain et permettra à M. Dion, permettez ici un brin de méchanceté, d'assouvir sa vengeance contre M. Harper.
Stéphane Dion est ressorti sonné de sa défaite cuisante de mardi dernier. Je croyais bien qu'il avait tout vu, tout
entendu lors de sa guerre aux souverainistes.
Mais il n'a pas avalé le coup de Jarnac du réseau CTV qui a dévoilé contre toute éthique son faux départ lors d'une entrevue télévisée et l'utilisation malhonnête qu'en a fait Stephen Harper. L'incident l'a frappé à mort.
Et si les discours et les questions ne suffisent pas, il aura toujours le temps d'utiliser ce qu'il considère la manière forte, c'est-à-dire lui écrire des lettres!
Comme chef légitime du parti, M. Dion aura également plus d'autorité que M. Graham à l'époque pour calmer les ardeurs des candidats à sa succession et maintenir un peu d'ordre et de décence dans la campagne.
Même s'il n'était pas vraiment à sa place comme leader politique, M. Dion jouira quand même d'une autorité morale réelle, car personne ne peut douter de son intégrité.
En retour, évidemment, le parti doit accepter de payer la dette de quelque 200 000 $ que M. Dion traîne encore de sa course à la direction du parti.
Alors, un petit coup de coeur, amis libéraux : il suffit que 200 d'entre vous envoient un chèque de 1000 $ chacun, et le tour est joué!
Après Stéphane Dion, les libéraux, évidemment, auront besoin d'un nouveau chef. Et non, je ne vous annonce aucun gagnant pour la bonne et simple raison que tout peut se produire dans une course à la direction et surtout, dans un congrès traditionnel comme seuls les libéraux en tiennent encore.
Le PLC a décidé au congrès même qui a choisi M. Dion de rejeter le scrutin universel des membres pour maintenir la méthode traditionnelle des délégués élus par les circonscriptions.
Si tous les membres du parti avaient pu voter, M. Dion n'aurait jamais gagné, point à la ligne. Il doit sa victoire au hasard des stratégies de dernière minute sur le plancher du congrès.
Si le parti trouve un sous-alinéa quelconque dans sa constitution pour changer le mode de scrutin sans tenir un autre congrès général, je leur suggère fortement d'aller de l'avant.
M. Dion n'avait aucune assise populaire dans le parti, qui lui avait accordé moins de 20 % des délégués au premier tour, derrière Bob Rae et Michael Ignatieff.
De ce que je connais de l'inimitié entre ces deux-là, les libéraux pourraient très bien répéter l'expérience et voir un second violon se faufiler entre eux et triompher au dernier tour.












