Ce qui est moins évident, cependant, c'est le résultat de ces grands forums. Hier, le secrétaire général de la Francophonie, Abdou Diouf, a fait preuve d'un enthousiasme débordant en commentant les résultats de ce sommet. «Vraiment, la magie de Québec a joué à plein» a-t-il dit, en parlant même de «miracle».
S'il y a eu un miracle à Québec, il faudra faire un acte de foi pour y croire. Car après avoir assisté à de nombreuses rencontres internationales, je n'ai pas souvenir d'un événement aussi peu transparent. Au G8, le sommet des pays industrialisés, les journalistes sont sollicités sans arrêt par les séances d'information des différentes délégations. Ces séances sont tellement nombreuses qu'il faut se partager la tâche entre médias concurrents et partager ensuite nos notes. Quand les Américains nous cachent des choses, ce sont les Français ou les Britanniques qui nous les communiquent. À Québec, on n'a eu droit qu'à une seule séance d'information, donnée samedi par le Canada. Rien du Québec, rien de la France, rien de la Francophonie. Enfermés à huis clos à bonne distance des journalistes, les leaders n'avaient pas de temps pour communiquer. C'est tout de même incroyable de constater que la ville de Québec a reçu un nombre aussi impressionnant de chefs d'État et de gouvernement, mais que seul Nicolas Sarkozy a fait parler de lui...
L'immense salle de presse, aménagée dans le Centre des congrès, était impeccable, le personnel était courtois, la nourriture était bonne, mais l'information n'était pas au rendez-vous. Il n'est pas surprenant, dans les circonstances, que les déclarations de Nicolas Sarkozy et de Jacques Parizeau aient pris autant de place dans les médias.
Ce n'est pas dire qu'il ne s'est rien passé au sommet de Québec. Au contraire, les participants ont louangé la nouvelle formule des tables rondes instaurée par les organisateurs, qui a permis aux leaders d'échanger librement en groupes plus restreints, au lieu de perdre leur temps à écouter des discours interminables en réunion plénière. De plus, la tenue de ce sommet dans la tourmente financière actuelle a éveillé les pays du Nord à la nécessité de tenir compte des difficultés du Sud dans les solutions qui seront mises de l'avant.
Mais en dehors de la déclaration finale et de la conférence de presse qui a suivi, bien peu de gens sont en mesure aujourd'hui de comprendre en quoi le «miracle» de Québec a fait avancer les choses.
On aura au moins vu Jean Charest et Stephen Harper côte à côte sur les tribunes publiques pendant de longs moments. Les deux hommes ont échangé des blagues et semblaient de bonne humeur. La Francophonie aurait contribué à apaiser les tensions créées par la campagne électorale? Ce serait au moins ça de gagné, mais là encore, il faudra faire un acte de foi.











