Faut-il ne voir qu'une simple coïncidence dans le fait que c'est mardi que le mariage a été consommé, quelques heures après la colère de Jean Charest sur l'élection de François Gendron à la présidence de l'Assemblée nationale? C'est difficile à croire, d'autant plus que M. Charest a révélé que les deux transfuges ont effectué leurs démarches respectives séparément, en ignorant celle de l'autre. Le simple fait que le premier ministre les ait rencontrés le même soir est révélateur : il voulait servir la monnaie de sa pièce à Mario Dumont et déstabiliser le congrès de l'ADQ en fin de semaine.
Les libéraux ont été insultés des tractations secrètes de l'ADQ et du PQ pour imposer François Gendron à la présidence de l'Assemblée nationale. Leur vieux collègue Yvon Vallières s'est senti humilié par l'ADQ et trahi par François Gendron qui se réclamait mardi de son amitié. Jean Charest a donc sorti l'artillerie lourde : la défection des deux adéquistes vient ternir le congrès de l'ADQ en fin de semaine, tout comme le salaire secret de Mario Dumont avait assombri le congrès précédent à Laval.
Les événements d'hier pourraient chambarder la dynamique à l'Assemblée nationale. Avec 39 députés, Mario Dumont n'a plus que trois sièges de plus que Pauline Marois. Il suffirait que deux adéquistes passent au PQ pour que Mme Marois lui vole le siège de chef de l'opposition officielle. Il ne s'agirait pas d'un simple changement d'appellation : l'opposition officielle jouit de budgets de recherche beaucoup plus imposants que le deuxième parti d'opposition.
Pourquoi des adéquistes passeraient-ils au PQ? Un exemple suffit. Dans Johnson, l'adéquiste Éric Charbonneau a été élu avec
73 votes de plus que le péquiste Claude Boucher. Le libéral était loin derrière. Vous imaginez à quel point il serait tentant pour M. Charbonneau de se réfugier au PQ pour conserver son siège et son salaire aux prochaines élections? Ils sont nombreux dans cette situation parmi les adéquistes. Et ils seront nombreux à se sentir menacés si leur parti reste à moins de
20 % dans les sondages.
L'autre question est de savoir qui, de Pauline Marois ou de Mario Dumont, Jean Charest préfère voir à la tête de l'opposition officielle. Les péquistes ont plus d'expérience, ils sont plus forts dans le contenu et sont donc plus menaçants. Mais ils sont souverainistes, et la souveraineté a déjà connu de meilleurs jours dans l'opinion publique. Mario Dumont traîne en troisième place dans les sondages depuis plusieurs mois. Pauline Marois fait du surplace. Serait-elle une meilleure cible pour les libéraux si elle dirigeait l'opposition officielle? Les stratèges libéraux se penchent sans aucun doute sur la question. En attendant, pariez que Mario Dumont invitera ses députés à luncher plus souvent...













