L'affaire illustre bien ce qui attend Mme Marois au cours de la campagne électorale. C'est encore le procès des gouvernements péquistes que tenteront de faire les libéraux. Monique Jérôme-Forget ne s'est pas arrêtée là, mercredi : «En 1998, ils arrivent avec un déficit. Ils mettent à la porte 1800 orthopédagogues, ils mettent à la porte 1500 médecins, ils mettent à la porte 4500 infirmières. Ça a mis le système de santé par terre.» La ministre n'a pas rappelé la toilette silencieuse installée dans le bureau de Mme Marois quand elle était ministre. Ou encore les coûts de la Gaspésia, du métro de Laval ou la controverse entourant les fusions municipales. Mais vous pouvez tenir pour acquis que les apparatchiks libéraux ont déjà préparé une liste exhaustive des erreurs commises sous le PQ.
À la guerre comme à la guerre. Ce sera la première campagne électorale de Pauline Marois au poste de chef d'un parti. Un mois sous le feu des projecteurs : on verra si elle a la couenne dure.
«Une famille tissée serré»
C'était prévisible, l'ancienne lieutenante-gouverneure Lise Thibault n'a convaincu personne lors de son témoignage de jeudi dernier devant le comité parlementaire sur l'administration publique. Ou plutôt oui, elle nous a convaincus d'une chose, et c'est bien triste : la sympathie naturelle que l'on éprouve envers les personnes handicapées ne doit pas nous aveugler au point de croire qu'elles sont au-dessus de tout soupçon. Jeudi, Mme Thibault a effrontément utilisé ce bagage de sympathie pour tenter d'excuser l'utilisation abusive des fonds publics sous son règne. Elle a parlé de son handicap, de son dévouement, et même de son âge. «Une pauvre vieille de 69 ans...» a-t-elle dit. Elle a même plaidé l'amour des siens pour justifier ses dépenses : «Une famille tissée serré», a-t-elle répété à trois reprises. Quel contraste, quand on compare la détermination d'une athlète olympique comme Chantal Petitclerc, qui a surmonté son handicap physique, au lieu de l'utiliser pour berner les gens.
Des bleuets bleus
Tout un contraste, tout de même que la composition du Conseil des ministres de Stephen Harper. Deux ministres pour la région du Saguenay?Lac-Saint-Jean, et aucun pour la région de Montréal. Évidemment, les Montréalais n'ont qu'eux à blâmer, puisqu'ils n'ont pas élu un seul conservateur. Mais de voir deux ministres fédéraux élus dans la région traditionnellement la plus souverainiste du Québec comporte tout de même une part d'ironie. Bleus à Québec, rouges à Ottawa, disait-on autrefois des Québécois. Dans le cas des bleuets, c'est bleus-bleus, puisqu'ils n'ont élu que des péquistes aux élections de 2007. Stephen Harper a bien tenté, jeudi, de faire croire que tous ses autres ministres s'occuperaient de Montréal, puisque les ministères ont des responsabilités partout au pays. C'est vrai sur papier, mais sur papier seulement.
Mea culpa
Il faut rendre à César ce qui appartient à César, tout comme il faut savoir reconnaître ses erreurs. Depuis septembre, j'ai toujours refusé de croire que Jean Charest ne déclencherait pas d'élections cet automne. Je l'ai écrit, et je l'ai répété en ondes à plusieurs reprises. Je voyais mal comment un gouvernement qui se targuait de sa belle «cohabitation» avec les partis d'opposition pourrait du jour au lendemain prétendre qu'il n'est plus capable de gouverner. J'avais sous-estimé la capacité des politiciens de prendre des virages à 180 degrés, sans aucune gêne et sans remords. À moins d'un revirement spectaculaire, Jean Charest me donnera donc tort mercredi prochain et déclenchera des élections. Faute avouée est à moitié pardonnée, dit le dicton. Mais quand on y pense bien, peut-on reprocher aux journalistes de croire ce que leur disent les politiciens? À vous de juger...












