En pleine crise financière internationale, et dans le contexte de la déroute électorale des libéraux, le père du G20 et spécialiste de la question réapparaît sur toutes les scènes.
L'ancien premier ministre parcourt le pays sous prétexte de publiciser ses mémoires (Contre vents et marées, aux Éditions Fides). Edmonton mercredi, Winnipeg jeudi, dans une librairie de Québec aujourd'hui, M. Martin va partout, lui qui se faisait fort discret depuis sa démission comme chef du PLC, en janvier 2006.
Vous l'avez peut-être oublié, mais M. Martin était toujours député de LaSalle-Émard jusqu'au 14 octobre dernier. Présent, mais absent : à chaque appel, son personnel répétait religieusement qu'il ne formulerait aucun commentaire.
Martin n'était pas le premier ministre le mieux organisé, vous diront ceux qui l'ont observé à Ottawa. Les priorités s'accumulaient et toutes exigeaient d'urgence un plan pour régler le problème étalé sur cinq ans. Et ce plan devait être prêt la veille!
Aujourd'hui, il ne lui reste que trois engagements fermes, soit les autochtones, les changements climatiques axés sur la forêt tropicale africaine et les institutions internationales.
Là-dessus, M. Martin est intarissable, et le gouvernement conservateur en prend pour son rhume même s'il me dit qu'il n'a rien contre Stephen Harper.
La page couverture de son livre parle bien de «mémoires». Il affirme, lui, qu'il n'a pas simplement écrit un livre d'histoire. Et si vous le poussez à parler du passé, il détourne vite la conversation.
Question de mettre la table pour son passage à Québec, j'ai tenté de lui soutirer une opinion sur Jean Pelletier, congédié de VIA Rail à la suite de l'affaire Myriam Bédard, qui gagne régulièrement devant les tribunaux et dont toutes les causes se retrouvent en appel.
«J'ai beaucoup de respect pour M. Pelletier», mais motus et bouche cousue pour le reste. Tout au plus avoue-t-il dans son livre que Jacques Chirac n'avait pas apprécié la manière avec laquelle son ami Pelletier avait été traité.
Alors, si la vie vous intéresse, essayez de le relancer à la séance de signature de cet après-midi.
Mais si vous voulez vraiment un avis d'expert sur la crise, Paul Martin, c'est votre homme. Il tente depuis longtemps d'élargir le G8 aux nations émergentes comme l'Inde, la Chine et le Brésil.
Selon lui, on ne peut pas leur demander de nous aider à sortir du pétrin financier (que nous avons causé, j'ajouterais) sans leur offrir une voix à la table des décisions.
Il avait donné le signal en créant le G20 des ministres des Finances, il y a 10 ans, mais son projet d'élargir à l'identique le G8 des chefs de gouvernement s'est heurté au refus de George W. Bush, à qui il n'a d'ailleurs pas reparlé depuis sa retraite politique.
Si les conseillers de Barack Obama lui semblent plus ouverts, l'attitude canadienne l'inquiète car il ne veut pas que le pays se contente d'un rôle de «suiveux».
Comme le Canada ne prend pas l'initiative dans ce dossier, le monde risque de se retrouver avec un consortium formé des États-Unis, de l'Union européenne, de la Russie, de la Chine, de l'Inde et du Brésil, et peut-être du Japon, mais sans plus.
M. Martin vise-t-il trop haut? Pour un pays dont l'économie dépend du contexte international, je préfère trop à pas assez.
Stephen Harper et les conservateurs n'ont pas l'intention de se mêler des élections québécoises, nous disent-ils officiellement. Et officieusement, ils répètent la même chose : qui s'y frotte s'y pique, et ils préfèrent la discrétion.
En mars 2007, Ottawa a donné 700 millions $ à Jean Charest pour corriger le déséquilibre fiscal qui nuisait à la qualité du service dans les écoles et les hôpitaux.
L'argent s'est retrouvé dans les poches des contribuables le lendemain matin, et hop, aux poubelles, le déséquilibre fiscal.
Rancunier, M. Charest s'est vengé des «mamours» Harper-Dumont en intervenant dans la dernière campagne fédérale et contribué directement au statut minoritaire renouvelé des conservateurs.
Tout aussi rancunier, M. Harper aimerait régler ses comptes. Mais réaliste, il n'a pas intérêt à s'accrocher aux basques d'une Action démocratique sur la voie de sortie.
La vengeance étant un plat qui se mange froid, le chef conservateur laisse passer le train, cette fois. Je comprends sa prudence et sa patience, car il doit revoir sa stratégie québécoise de fond en comble.
Ses sondages internes lui décrivaient un Québec profondément conservateur, hors de Montréal. Je lui suggère de poser d'autres questions, à l'avenir, pour comprendre à quel moment un débat secondaire sur un sujet administratif en soi trivial se transforme en une crise d'identité nationale Harper-Dumont.











