Ignatieff, chef avant le printemps

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Ignatieff, chef avant le printemps

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Le Soleil

Raymond Giroux
Le Soleil

(Ottawa) Michael Ignatieff dirigera le Parti libéral avant le printemps prochain, épargnant au Parti libéral, s'il le désire, les frais d'un coûteux congrès à la direction à Vancouver pour la fin avril.

L'ancien chef adjoint du Parti, un poste que vient d'abolir Stéphane Dion, dans les circonstances, s'est lancé dans la course avec le titre lourd à porter de favori des parieurs comme des commentateurs.

Vous me direz que vous avez déjà entendu ce refrain. Oui, au printemps 2006, il partait tout aussi favori pour remplacer Paul Martin, et a raté sa chance.

Les causes de sa défaite n'ont rien de mystérieux : sa propre arrogance de l'intellectuel importé qui revenait régler les problèmes du pays après 30 ans à l'extérieur a coulé sa campagne.

Le Canada n'est quand même pas un pays sous-développé d'Afrique incapable de se gouverner seul ou une ex-république soviétique vidée de tous ses cerveaux.

L'Ignatieff 2006 laissait une drôle d'impression, comme une zone d'inconfort autour de lui, et l'attitude de son clan traitant ses adversaires comme des minus a laissé des traces, à l'heure des essentiels ralliements qui n'ont jamais eu lieu.

Le futur chef a appris, depuis ce temps. Les campagnes électorales sur le terrain l'ont endurci, le travail parlementaire l'a aguerri. Jour après jour, les témoins des débats ont réalisé que M. Ignatieff a la carrure d'un chef, contrairement à celui qui en portait le titre.

S'il a tout pour lui, y compris son propre aveu de ses erreurs passées, son rival numéro un, Bob Rae, a une côte difficile à remonter : les Ontariens vous le diront, ils l'ont déjà connu comme premier ministre (néo-démocrate) et ne veulent pas le revoir.

Or, le Parti libéral a besoin d'un chef qui lui donnera la victoire à court terme, pas un chef dont il devra expliquer les politiques passées jour après jour.

Le troisième candidat déclaré, Dominic Leblanc, sert dans un premier temps de coussin entre MM. Rae et Ignatieff, question d'offrir un domicile temporaire aux libéraux qui ne peuvent blairer ni l'un ni l'autre.

Mais cela ne durera pas. Dans une lutte à trois, comme cela s'annonce, le député acadien ne pourra pas se faufiler à la manière de Stéphane Dion car il sera éliminé dès le premier tour.

Ce premier tour viendra vite : les libéraux choisiront leurs délégués au congrès lors de la première fin de semaine du mois de mars. Les dés seront alors jetés, et un premier décompte devrait faire comprendre aux deux perdants qu'ils ont intérêt à sauter dans les bras de M. Ignatieff.

Ce dernier sait comment perdre une campagne à la direction et a appris de ses erreurs, dit-il. Sa prestation publique de cette semaine donne bien envie de le croire.

Les conservateurs québécois devront s'y faire, Stephen Harper a lancé la serviette et n'a plus besoin d'eux. Aile provinciale ou pas, ils peuvent s'abreuver d'amour et d'eau claire à satiété, leur heure de gloire est passée.

La vérité sort de la plume de Tom Flanagan, l'universitaire albertain considéré comme le penseur et le stratège de la droite canadienne et proche du chef conservateur.

Et qu'écrivait hier ce M. Flanagan dans le Globe and Mail alors que le PCC tient son congrès de Winnipeg à huis clos? Qu'il était tout simplement impossible de satisfaire un Québec qui hausse constamment le niveau de ses demandes.

Le déséquilibre fiscal réglé avec une perte nette de 700 millions $ pour Ottawa reprend soudain vie dans la bouche de Jean Charest.

Le siège à l'UNESCO n'était qu'une fumisterie vite démontée, et la reconnaissance de la nation québécoise débouche sur une foulée de nouvelles demandes du Bloc québécois sur la langue de travail.

Alors, plus de percée possible pour les conservateurs au Québec, même si tout gouvernement a besoin de ministres d'ici pour sauver les apparences.

Où se trouver une majorité? Flanagan répond par le «vote ethnique», qui a répondu à l'appel dans plusieurs circonscriptions du Toronto métropolitain et de la banlieue de Vancouver.

Nombre de ces électeurs partagent les valeurs morales conservatrices, et l'opération de maraudage menée dans ces groupes par Jason Kenney a réussi.

En récompense, ce dernier a reçu le ministère de l'Immigration, d'où il peut influencer le choix des pays d'origine des immigrants les plus susceptibles de voter conservateur.

Et en prime, M. Harper lui a refilé le volet multiculturalisme du ministère du Patrimoine, une véritable machine à subventions qu'il utilisera sûrement à bon escient pour la cause de son parti.

S'il manque encore quelques sièges au PC pour obtenir une majorité, le parti n'a pas à s'en faire outre mesure. La prochaine carte électorale, rappelle M. Flanagan, ajoute des circonscriptions justement dans ces zones multiethniques, en plus de l'Alberta.

Pour une aile québécoise chez les conservateurs, les vieux bleus peuvent toujours quémander!

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