Docteur, la campagne nous ennuie...

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Docteur, la campagne nous ennuie...

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Le Soleil

Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) Les campagnes électorales sont généralement menées sur l'espoir des gens, ou leurs craintes.

Espoir de changement, généralement associé à une fin de régime et à l'arrivée d'un nouveau leader, comme ce fut le cas avec Obama aux États-Unis.

Crainte ou méfiance à l'endroit d'un leader, d'un parti ou d'un programme politique qui ne correspond pas à nos valeurs, comme ce fut le cas aux élections fédérales, quand de nombreux Québécois se sont rangés derrière Gilles Duceppe pour priver Stephen Harper d'une majorité.

Il est difficile d'intéresser les gens à une campagne électorale lorsque ces ingrédients ne sont pas au rendez-vous. C'est peut-être le problème auquel sont confrontés nos chefs politiques dans la campagne en cours. Les sondages étaient unanimes, les Québécois étaient satisfaits du gouvernement minoritaire de Jean Charest, ils ne croyaient plus aux promesses de changement de Mario Dumont, et ils n'avaient pas d'appétit pour un nouveau débat sur la souveraineté du Québec.

En déclenchant les élections pour le 8 décembre, Jean Charest a tenté de jouer sur la crainte d'une récession mondiale. Ce danger est bien réel, mais il n'a pas encore atteint le Québec. Nos fonds de pension sont touchés, mais à moins de vouloir prendre sa retraite immédiatement, il y a bon espoir de voir ces placements reprendre de la valeur dans un an ou deux. Plus encore, la récession appréhendée a des bons côtés immédiats avec la baisse du prix de l'essence et un dollar plus faible qui aide nos exportations. Pour le moment, la récession nous affecte davantage dans les bulletins de nouvelles que dans la réalité.

Le message libéral s'accompagne d'un autre signal, à savoir que les grands travaux d'infrastructures lancés par le gouvernement nous éviteront le pire de la crise mondiale. On souffle sur le chaud et le froid en même temps. La publicité télévisée du Parti libéral tente de réconcilier ces deux messages, en juxta­posant une image de la Bourse qui s'effondre à celle d'un grand barrage hydroélectrique porteur du potentiel économique du Québec. Jean Charest a poussé plus fort du côté de l'espoir, hier, en présentant le premier volet de son Plan Nord, à Sept-Îles.

La présentation de ce plan sur des écrans géants au congrès libéral de septembre avait été chaudement applaudie. Les images sont magnifiques, elles exploitent la fierté des Québécois, l'héritage de Jean Lesage et de Robert Bourassa, les grands espaces, la frontière, notre expertise et nos bonnes relations avec les peuples autochtones. Vous allez me dire que ce Plan Nord est déjà en devenir et qu'on n'avait pas besoin d'élections pour le poursuivre? Vous avez raison. Mais la politique, c'est l'art de faire rêver les peuples...

Quand l'électorat est à la recherche de grands changements, il est plus facile pour les partis d'opposition d'en découdre avec le gouvernement, et de faire rêver... Dans le cas actuel, les Québécois sont tellement ennuyés par ces élections qu'il est difficile de les appâter avec des mets alléchants, mais trop souvent virtuels. Après autant de campagnes électorales en moins de

10 ans, les électeurs sont plus cyniques. Après plus d'une décennie de débats politiques sur les problèmes de la santé, ils ont de la difficulté à croire qu'un autre parti, quel qu'il soit, parviendra à changer les choses. Mais surtout, ils sont profondément convaincus que le gouvernement n'a pas les moyens d'assumer le coût des promesses électorales.

Année après année, le Québec boucle son budget avec des artifices comptables qui permettent de croire au déficit zéro. On a investi des milliards de dollars dans la santé, pour se faire dire aujourd'hui que la situation ne s'améliore pas. Les promesses aux régions depuis 10 ans n'ont rien donné. Le problème du décrochage scolaire demeure tout entier. Il n'est pas surprenant, devant cette situation, que l'électorat manifeste si peu d'intérêt pour cette campagne électorale qui ne fait pas rêver.

Il faudra tout de même se rendre aux urnes le 8 décembre, tout comme il faudra fêter Noël, que l'économie soit en récession ou pas. Mais le bas de laine semblera bien maigre après toutes ces promesses d'un monde meilleur qui nous ennuient au lieu de nous faire rêver, parce que le père Noël n'existe plus.

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