Il sera fastidieux de rappeler ici combien de fois M. Charest est revenu des enfers politiques en s'écriant : «Coucou me revoilou!» Déjà, en 1990, lorsqu'il avait dû démissionner de son poste de ministre dans le cabinet Mulroney, plusieurs avaient décrété la fin de sa carrière politique.
Reste qu'au printemps 2005, Jean Charest a touché le fond. Une fois de plus. À peine 4 % des Québécois se déclaraient alors «très satisfaits» de son travail de premier ministre!
Quatre pour cent. C'est moins que le pourcentage d'Américains qui pensent qu'Elvis est vivant. Moins que le pourcentage de gens qui croient avoir été enlevés par des extraterrestres.
À l'époque, Jean Charest ressemblait à un acteur en quête de son personnage. Un jour, il se prenait pour l'Ontarien ultra-conservateur Mike Harris. Le lendemain, il devenait une sorte de Martin Luther King des Cantons-de-l'Est, en déclarant : «J'ai un rêve pour le Québec.»
Il s'acharnait à ramer contre l'Histoire. Il voulait être le premier ministre d'un Québec qui n'existait que dans sa tête.
Mais depuis, on jurerait que Jean Charest a pris des leçons d'Histoire. Ou mieux, qu'il s'abreuve aux deux grandes mamelles de la politique québécoise : les tensions avec Ottawa et le développement du Nord.
Tant pis pour ceux qui l'accuseront d'opportunisme. Il y a longtemps que M. Charest a intégré la maxime d'un célèbre premier ministre britannique : «J'aime mieux être un opportuniste et flotter, que de couler à pic avec mes principes autour du cou.»
Allez-y. Fouillez dans vos livres d'histoire. Aucun premier ministre du Québec n'a connu de succès durables sans prendre ses distances par rapport à Ottawa. À Québec, ceux qui veulent jouer les élèves modèles de la fédération canadienne n'ont jamais eu beaucoup d'avenir.
Maurice Duplessis s'écriait : «Rendez-nous notre butin!» Jean Lesage s'est fait élire avec «Maître chez nous», Daniel Johnson père réclamait «l'égalité ou l'indépendance». Robert Bourassa a dit non à la Charte de Victoria. René-Lévesque a proposé la souveraineté-association, en plus de refuser de signer la constitution de 1982.
Quand le premier ministre québécois a besoin d'argent, il va à New York. Quand il a besoin de reconnaissance, il se tourne vers Paris. Et quand il a besoin d'un coupable, il pointe le doigt en direction d'Ottawa.
La deuxième mamelle de la politique québécoise, c'est l'occupation du territoire, la nouvelle frontière, le développement du Nord. À défaut de pouvoir réaliser l'indépendance du Québec, le Nord a toujours servi d'exutoire à l'imaginaire politique. Pour oublier la petite politique, les couloirs des urgences et toute la poutine administrative. Du temps d'Honoré Mercier, la frontière, c'était encore le Lac-Saint-Jean . Avec Lomer Gouin, le rêve s'était déplacé vers l'Abitibi.
Maurice Duplessis «développait» la Côte-Nord. Jean Lesage s'associait aux travaux de la Manic. Robert Bourassa parlait de la Baie-James. Lucien Bouchard a tenté de réanimer les grands projets sur le fleuve Churchill, au Labrador.Après cela, qui reprocherait à Jean Charest de rêver de sa part de pergélisol?
Mais voyez plutôt.
Le mois dernier, devant le conseil général de son parti, Jean Charest a présenté ses projets grandioses pour le Nord québécois sur plusieurs écrans géants. Même Robert Bourassa n'aurait pas osé autant de caribous, de rivières déchaînées et d'enfants inuits ravis. L'équivalent d'un gâteau de noces recouvert de 50 cm de glaçage.
Au même moment, en pleine campagne électorale fédérale, il multipliait les pointes venimeuses à l'endroit du gouvernement Harper. Au point où ses «amis» conservateurs ont eu l'impression d'être trahis.
Que voulez-vous. On ne fait pas d'omelette à Québec sans casser des oeufs à Ottawa.
Le «nouveau» Jean Charest l'a compris. Et parfois, je dis bien parfois, il a presque l'air de croire à ce qu'il raconte.











