Le Mario Dumont qui avait été à l'origine d'un nouveau parti politique, l'idéaliste qui s'était révolté contre le cynisme de Robert Bourassa, le gars qui avait fait passer ses convictions avant les plans de carrière, celui-là est mort depuis belle lurette.
Il fallait de plus en plus d'imagination pour distinguer Mario Dumont derrière la caricature qui dénonçait des complots contre le sapin de Noël ou contre le petit Jésus dans les écoles. Il fallait de plus en plus de mémoire pour se souvenir que M. Dumont avait déjà été autre chose qu'un petit réac prêt à tout pour grimper dans les sondages.
Pendant quelques années, Mario Dumont a pu faire diversion. Il a gagné du temps grâce à un pif infaillible pour saisir le problème de l'heure dans une phrase-choc. Mais même ce don-là semblait l'avoir complètement abandonné, au cours des derniers mois...
On l'oublie aujourd'hui, mais pour beaucoup de gens de ma génération, Mario Dumont a représenté quelque chose de considérable.
Je me souviens de lui, en décembre 1992, lors d'une entrevue réalisée à Rivière-du-Loup. Il venait de se faire expulser du Parti libéral, pour s'être rangé du côté du Non lors du référendum sur l'accord constitutionnel de Charlottetown. Son idole, le placide Robert Bourassa, avait mené la charge contre lui.
Dumont en était encore secoué. Pour le faire rentrer dans le rang, on lui avait promis des études en Angleterre, des emplois prestigieux, voire un avenir de ministre. Il avait tout refusé, tout risqué pour rester fidèle à lui-même.
On a beau dire, mais bien peu de gens en auraient fait autant. Surtout dans l'univers des organisations jeunesse de partis politiques qui ressemblent le plus souvent à des élevages de bébés requins.
La colère d'enfant sage de Mario Dumont ne manquait pas de panache, même si elle s'accompagnait d'une ambition dévorante, presque maladive.
Qui aurait pu croire que ce jeune homme désintéressé pigerait 50 000 $ dans la caisse de l'ADQ pour augmenter son salaire de parlementaire, sans même consulter l'exécutif de son parti?
Mario Dumont n'était plus que l'ombre de lui-même. Mais que dire de l'ADQ, qui n'est jamais devenue autre chose que l'ombre de Mario Dumont?
Encore une fois, tout cela n'était pas écrit dans le ciel. Il faut avoir connu l'étonnant bouillonnement d'idées des années 1992 et 1993 pour réaliser à quel point Mario Dumont n'a pas commencé seul. À l'époque, il faisait partie d'un mouvement de jeunes et de moins jeunes qui se donnaient rendez-vous pour réfléchir à l'avenir du Québec.
Qui aurait cru que cela engendrerait un parti dans lequel Mario Dumont ferait l'objet d'une adulation quasiment biblique?
«En démocratie, disait Winston Churchill, l'idolâtrie constitue le pire des péchés.» Et dans un parti qui vante la responsabilité individuelle, c'est particulièrement impardonnable.
Avec le recul, l'ADQ a probablement atteint le fond du baril dès son congrès de 2002, à Drummondville. On ne s'y cassait plus la tête à réfléchir à l'avenir du Québec, c'est le moins que l'on puisse dire. Dès qu'un délégué tentait de discuter un peu trop longuement une proposition, il se trouvait toujours quelqu'un pour l'interrompre : «Hoye! on est pas au PQ icitte!»
Mario Dumont n'a pas réussi à changer la vie politique. C'est la vie politique qui l'a changé.
Quoi qu'il en dise, il est probable qu'il reviendra. Le Québec est trop petit pour que sa route ne le ramène pas à l'Assemblée nationale.
Mais, en attendant, ses 16 premières années de vie politique laissent une impression de prodigieux gaspillage.
Le drame de Mario Dumont, c'est de s'être survécu à lui-même.
Le drame de Mario Dumont, c'est d'avoir renié ses idéaux de jeunesse, pour échouer quand même.
Le drame de Mario Dumont, c'est d'avoir voulu jouer les René Lévesque, pour finir dans la peau d'une sorte de Maurice Duplessis en culottes courtes.

















