L'administration Labeaume vient de l'apprendre à ses dépens et a été contrainte de reculer sur sa politique de déneigement. Celle-ci visait des économies et une meilleure équité entre les quartiers de la ville. L'argument semblait logique.
Comment justifier qu'il y ait à Québec deux catégories de citoyens?
Ceux de La Cité et de Limoilou, vivant sur la plage à l'année en scandales et bermudas. Et ceux des quartiers périphériques, étouffés par la neige soufflée sur leur terrain.
La ville allait harmoniser tout ça en soufflant partout où c'était possible. Elle cesserait aussi de déneiger les trottoirs jugés non essentiels et remplirait de neige quelques cours d'école. L'économie attendue : 450 000 $ en frais de déneigement et de transport de neige.
Les citoyens ont dit non. Le maire Labeaume a dit OK d'abord et a proposé de revenir à l'ancienne politique de déneigement.
Fin de l'exercice d'harmonisation et tant pis pour l'objectif d'équité. «On va vivre avec quelques imperfections», s'est résigné le maire Labeaume.
Bon prince, le maire a même encaissé sans broncher les leçons moralisatrices du chef de l'opposition lui reprochant sa «mauvaise politique» et son «improvisation». C'était de «bonne guerre», croit M. Labeaume.
Le problème, c'est que cette politique n'avait rien d'improvisé. L'ex-mairesse Boucher s'était d'ailleurs cassé les dents sur une politique de déneigement qui visait exactement les mêmes objectifs.
En y renonçant, le maire Labeaume a acheté la paix sociale, ce qui n'est jamais un mauvais calcul en année électorale.
Mais tout le monde convient que la politique de déneigement est «perfectible» et devra tôt ou tard être revue.
Bon an mal an, le déneigement, l'entretien des rues et le ramassage des ordures en été continuent d'être les principales sources d'insatisfaction des citoyens envers leur ville.
L'hiver dernier, Québec a reçu plus de 9600 plaintes sur le déneigement, trois fois plus que l'année précédente, ce qui s'explique bien sûr par une quantité de neige exceptionnelle. Selon la rigueur de l'hiver, entre 3000 et 5000 citoyens se plaignent du déneigement.
La Ville en était à un peu plus de 1700 plaintes, il y a quelques semaines, lorsque l'administration Labeaume a décidé de corriger le tir.
Cette décision va calmer le jeu, mais vous pouvez parier que les citoyens vont continuer à se plaindre quand même du déneigement. C'est dans leur ADN : Assez De Neige.
Offrir à tous les citoyens de Québec des services égaux demeure un objectif louable. Comme l'est celui que tous les citoyens d'une même ville paient les mêmes taxes.
L'équité sera toujours plus facile à atteindre lorsqu'il s'agira de niveler les services par le haut. En offrant par exemple la gratuité pour tous dans les bibliothèques, les piscines et les arénas.
Mais s'il s'agit de niveler à la baisse des services perçus comme des droits acquis, il risque d'y avoir de la résistance. Si on touche à la neige, ce sera une certitude.
«Une victoire pour les piétons», a réagi le conseiller d'opposition Jérôme Vaillancourt en parlant du retour du déneigement des trottoirs. Une bonne analyse. Une victoire des piétons.
La palme du commentaire revient cependant à l'indépendant Pierre Blouin. Encore embué par l'euphorie du 400e, le conseiller a dénoncé les ratés des consultations sur le déneigement. «Revenons à la démocratie d'il y a 400 ans», a-t-il imploré.
Vous êtes certain? J'aurais parié que la démocratie, c'était plus tard. J'aurais dit après la bataille des plaines d'Abraham puisque le sujet est dans l'air du temps.











