Sarko, Hydro et «la plotte à terre»

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Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) Qui aurait prédit que Nicolas Sarkozy occuperait les manchettes toute la semaine, et que son député Pierre Lasbordes l'y accompagnerait, après avoir demandé à Jean Charest s'il avait «la plotte à terre»? L'actualité politique est parfois déroutante.

Allons donc aux priorités... et réglons le cas du député. Espérant impressionner la galerie par sa connaissance du parler québécois, M. Lasbordes a utilisé l'expression suivante pour demander à Jean Charest s'il n'était pas trop fatigué : «J'espère que vous n'avez pas trop la plotte à terre, comme on dit au Québec.» Le «comme on dit au Québec» serait, selon M. Lasbordes, une allusion à Rimouski, ma ville natale. On me pardonnera donc un brin de chauvinisme : ce ne sont pas les Rimouskois - qui parlent à mon avis le meilleur français au Québec - qui ont inventé cette expression, si elle existe...

Néanmoins, comme nous avons toujours été impressionnés par la «langue belle» de nos cousins français, nous n'allons pas nous priver du plaisir d'intégrer cette petite création linguistique à notre argot provincial...

Question de bien paraître dans les salons d'Outremont et de Sillery.

Une lettre à Sarko

Passons maintenant aux choses sérieuses... Jeudi, Pauline Marois et Gilles Duceppe ont écrit à Nicolas Sarkozy pour lui donner un cours d'histoire et lui reprocher d'avoir manqué de respect envers les souverainistes. «Nous ne savons pas d'où vous est venue l'idée que nous réclamons de vous que vous détestiez le Canada», écrivent Mme Marois et M. Duceppe.

Précisons d'abord qu'ils ne sont pas seuls à essayer de comprendre Sarkozy. «Les Français ne comprennent plus dans quelle direction va le président de la République», pouvait-on lire jeudi sur le site du quotidien Le Monde, en réaction à son programme de lutte contre la récession. «Il est dans le brouillard, il ne sait pas où il va», disait un autre commentateur. Bref, ce n'est pas surprenant que Sarkozy soit totalement perdu au Québec s'il est dans le brouillard dans son propre pays.

Pour le reste, c'est la forme de l'intervention de Mme Marois et de M. Duceppe qui est intéressante : une longue lettre de trois pages et demie. Contrairement à une simple conférence de presse, une lettre commande une réponse écrite. Et une réponse écrite, pour des Français, ça ne se résume pas à un «truc» ou au «ni-ni» de Sarkozy. Les fonctionnaires de l'Élysée devront faire des contorsions inimaginables pour réconcilier le message de leur président, avec le protocole du langage diplomatique. Voilà qui promet. Sans engager mon journal, je vous parie qu'on publiera le texte intégralement, quelle que soit la longueur!

La vache à lait

On aurait pu craindre que le Plan Nord de Jean Charest ne soit qu'une vidéo préélectorale. Ce n'est plus le cas depuis mercredi. Le ministre des Ressources naturelles, Claude Béchard, a levé le voile sur les intentions de son patron en demandant à Hydro-Québec de refaire son plan stratégique d'ici l'été. La société d'État aurait négligé d'inclure les promesses électorales des libéraux dans son plan stratégique pour les cinq prochaines années. Pendant la campagne électorale, Jean Charest avait annoncé son intention de mandater Hydro-Québec d'augmenter sa puissance de 3500 mégawatts. De plus, son Plan Nord prévoit que le développement de nouveaux projets hydroélectriques tiendra compte, dorénavant, des autres domaines d'activité dans le Nord, notamment les ressources minières et le tourisme.

On savait déjà qu'Hydro-Québec était la vache à lait du gouvernement. Voilà qu'on lui demande de faire du développement économique. C'est un  virage intéressant de la part d'un gouvernement qui a demandé à la Caisse de dépôt, en 2003, de se concentrer sur les rendements, au lieu de faire du développement économique. D'autant plus intéressant que la Caisse de dépôt a annoncé, jeudi, qu'elle prenait également le virage du développement économique.

C'est à croire que Jean Charest marche maintenant dans les traces de Bernard Landry et de l'interventionnisme dans l'économie.

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