Traduction libre : les gouvernements devront augmenter leurs revenus ou diminuer leurs dépenses, sans quoi ils subiront une décote et devront payer plus cher pour financer leur dette.
Diminuer les dépenses courantes sera impossible après plusieurs années de coupes budgétaires. Augmenter les revenus, c'est décréter des hausses d'impôts, de taxes ou de tarifs. À vous de choisir!
C'est probablement ce qu'il y a de plus malheureux dans le retour aux déficits annoncé mercredi par Monique Jérôme-Forget : le fardeau de la dette que nous laisserons aux générations suivantes continue de croître. On aura beau prétendre que le Québec sera moins touché par la récession que les autres provinces, il demeure que notre dette était déjà la plus élevée au pays. À cela s'ajoutent les pertes anticipées à la Caisse de dépôt et placement, qui entraîneront immanquablement des hausses de cotisation aux organismes comme la Régie des rentes du Québec ou la Commission de la santé et de la sécurité du travail. Nos généreux régimes de congés parentaux, d'assurance auto ou de garderies publiques sont déjà déficitaires, et commanderont également des hausses de cotisation à plus ou moins long terme. Finalement, comptez sur Hydro-Québec, la vache à lait du gouvernement, pour continuer de demander des hausses de tarifs.
Un an ou cinq?
La vraie question à laquelle personne n'a de réponse porte sur la durée de la récession actuelle. Le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, est à peu près seul à prédire que l'économie pourrait rebondir dès l'an prochain, avec une croissance de 3,8 %.
Dans son dernier budget, le ministre fédéral des Finances, Jim Flaherty, s'est montré moins optimiste et a annoncé des déficits annuels de plus de 30 milliards $ au cours des deux années à venir.
Supposons que cette récession ne dure que deux ans : la dette du gouvernement fédéral aura augmenté de
64 milliards $. Celle du Québec aura grimpé de 6 ou 7 milliards $ pour les opérations courantes, c'est-à-dire pour payer l'épicerie, en plus des milliards de dollars investis dans les infrastructures. C'est beaucoup, mais ce sera gérable si l'économie est bonne.
Toutefois, si la reprise se fait attendre plus longtemps, le fardeau de la dette deviendra colossal.
Récession et «Liberté 55»
Le Québec se dirigeait déjà vers un choc démographique qui annonçait un écart trop grand entre le nombre de personnes en âge de travailler et les autres. Les projections de Statistique Canada montrent que la part des 65 ans et plus dans la population totale sera de 18 % en 2015, et de 24 % en 2025.
Lors de la création du Fonds des générations, en 2006, les fonctionnaires des Finances disaient s'attendre «à ce que la croissance économique réelle soit réduite substantiellement d'ici 20 ans, ce qui se traduira par un ralentissement de la croissance des revenus du gouvernement». Ils ajoutaient que «le vieillissement de la population aura également des effets importants sur la croissance des dépenses du gouvernement».
Le Fonds des générations était présenté comme une solution à ce défi. Or, voilà que le gouvernement devra cesser ses contributions au Fonds et s'endetter davantage à cause de la récession. Pis encore, les liquidités du Fonds des générations ont été confiées à la Caisse de dépôt qui devait «les faire fructifier selon un taux de rendement plus élevé que celui payé par le gouvernement sur ses emprunts». On connaît la suite de cette histoire depuis Henri-Paul Rousseau et les papiers commerciaux...
Bref, c'est un bien sombre tableau que nous présenteront les budgets à venir du gouvernement Charest. Heureusement qu'on tente de bonifier les avantages consentis aux personnes âgées capables de reporter leur retraite à plus tard. On savait déjà que «liberté 55» était un mensonge. On vient d'apprendre que «liberté 65» n'est plus qu'un espoir...










