Qu'on parle de l'environnement, de l'industrie automobile ou de l'Afghanistan, la capitale fédérale attend l'heure juste de la nouvelle administration américaine.
Ce n'est pas très flatteur pour notre ego, vous direz, mais mieux vaut reconnaître la réalité, il est très difficile pour le Canada de ramer à contre-courant de l'hyperpuissance américaine.
Trop identifiés aux républicains pour leur propre bien et celui du Canada, les conservateurs tentent de recoller les pots cassés. J'espère que M. Obama ne cultive pas la rancune, sinon les prochains mois s'annoncent houleux.
Nos relations seront ardues, pour la simple raison que le Canada a toujours connu plus de difficultés avec un voisin dirigé par les démocrates. Pourtant, sur la scène internationale, la majorité, et j'en suis, se sentent mieux avec ces derniers qu'avec les républicains. Moins d'agressions, plus de discussions, voilà qui me convient.
Pas de flafla, donc, a décrété le président. Du travail, rien que du travail, pendant quatre ou cinq heures. L'image d'un chef d'État trinquant à l'étranger choquerait dans son pays, alors qu'il se démène 24 heures par jour à la défense de son plan de relance.
L'heure est au protectionnisme, qu'on le veuille ou non. Les pouvoirs locaux américains, par exemple, ne sont pas soumis aux exigences de l'ALENA. Le président aura besoin de toute sa force de persuasion pour convaincre les élus «d'en bas» de rejeter la tentation du Buy American.
Mais le mauvais exemple vient de partout. Des travailleurs britanniques, ainsi, ont tenu des grèves sauvages contre l'utilisation de travailleurs étrangers alors que l'Economist de la semaine dernière consacrait sa page couverture au retour du nationalisme économique.
Le très libéral et droitiste Nicolas Sarkozy a de son côté accordé plusieurs milliards d'euros à l'industrie automobile française, à la condition expresse qu'elle demeure, justement, française.
Chez nous, l'industrie automobile répond absente à l'offre d'aide du fédérale. GM n'aime pas les conditions de cet appui financier d'Ottawa qui vise à conserver notre part de 20 % de l'industrie nord-américaine : voilà un beau dossier brûlant pour M. Harper.
Plusieurs groupes demandent au premier ministre d'enclencher une renégociation de l'ALENA. Bien mauvaise idée, il faut plutôt s'assurer que les Américains en respectent et l'esprit, et la lettre, sinon notre économie étouffera.
L'effet Ignatieff
Michael Ignatieff a finalement la vie facile. Les sondages le rapprochent de Stephen Harper, mais pas assez pour lui inspirer la tentation de renverser le gouvernement.
Sa prestation aux Communes contraste avec celle de son prédécesseur Stéphane Dion, et les propagandistes conservateurs se tiennent bien tranquilles.
Je le trouvais bien hardi, le lendemain du budget, de proclamer le gouvernent «en probation» et accordais la victoire à M. Harper. Deux semaines et quelques jours plus tard, rien ne va plus, au contraire, pour le premier ministre.
M. Harper avait alors le champ libre, au Parlement comme dans l'opinion publique. Mais au contraire du président Obama, il n'a pas usé de son droit de parole autrement que pour répondre à quelques questions au Parlement.
Pas de grands discours, pas de conférence de presse en bonne et due forme, pas d'entrevues télévisées. La promotion de son plan de relance, comme le notaient les commentateurs anglophones cette semaine, se limite à quelques photo ops, sa visite au Carnaval ayant le plus suscité l'étonnement de la galerie.
M. Ignatieff a réussi de son côté à faire taire les grands parleurs de son parti, ce qui n'était pas une mince tâche. Le nombre de fuites a fondu comme neige au soleil, depuis son entrée en fonction.
Personne ne conteste l'autorité du chef. Le parti tiendra certes son congrès officiel à la direction, à la fin d'avril : l'exercice, inutile dans les circonstances, aura quand même lieu pour se plier aux statuts du parti, mais sans plus.
Même s'ils ont voté en faveur du budget, M. Ignatieff et ses lieutenants en critiquent le contenu jour après jour. Remarquez, c'est de bonne guerre pour un parti d'opposition.
Mais ils prennent bien garde de proposer des solutions de rechange ou d'élaborer un programme de gouvernement quelconque.
Toujours est-il que les sondages de la semaine placent les deux grands partis à égalité, les conservateurs devançant les libéraux par moins que la marge d'erreur.
Du côté «bonne impression» des chefs, là, M. Ignatieff a carrément surmonté le handicap que représentait M. Dion. Ce dernier coulait son parti, le nouveau chef le remorque. Toute une différence, le temps des élections venu.










