Cet argument est également providentiel pour la Commission. Il lui donne le prétexte idéal pour s'extirper, sans perdre complètement la face, d'une situation fâcheuse qu'elle avait contribué à créer.L'image de la Commission restera entachée par les ratés des dernières semaines, mais on ne pourra lui reprocher d'avoir été insouciante avec la sécurité. Tant que la contestation se faisait sur le terrain de la politique, des émotions ou du débat identitaire, la Commission avait gardé espoir de sauver sa bataille.
Elle aurait pris le temps de mieux s'expliquer; aurait essayé de convaincre de sa bonne foi; aurait cherché des accommodements pour apaiser les sensibilités.
Le président Juneau avait d'ailleurs retenu il y a une dizaine de jours les services d'un spécialiste de la gestion de crise. Sauf que le mal était fait. Face aux menaces, plus rien n'était possible.
La Commission renonce donc à la pièce maîtresse des activités de commémoration des 250 ans de la bataille des Plaines. Celle qui devait être «l'événement de l'été à Québec». Le seul qui aurait eu un impact touristique.
Le projet de bal masqué qui faisait aussi controverse aura subi le même sort et sera remplacé par l'activité État de siège ciblant le même objectif : raconter la vie à Québec au moment de la Conquête.
Plusieurs sont évidemment déçus. Au-delà des débats identitaires, des procès d'intention faits à la Commission et des maladresses de celle-ci, Québec rate une occasion d'en apprendre un peu plus sur son histoire.
La reconstitution d'une bataille n'est pas le seul moyen de découvrir cette histoire, ni sans doute le meilleur. Il y en aura, d'ailleurs, des expositions, colloques, animations, etc. Mais par son caractère populaire, spectaculaire et éminemment accessible, la bataille aurait pu être un outil pédagogique. Tant pis.
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M. Juneau jure n'avoir subi aucune pression politique d'Ottawa dans cette affaire.
Je veux bien le croire, mais plusieurs en douteront.
On sait que des conservateurs commençaient à douter du projet et ont exigé que M. Juneau comparaisse à Ottawa pour s'expliquer. M. Juneau a été nommé à la Commission en 1995 et raconte avoir survécu à sept ministres du Patrimoine. Peut-être vient-il d'étirer sa chance.
La Commission a-t-elle cédé trop facilement devant une poignée d'extrémistes?
Si la sécurité était le vrai problème, pourquoi ne pas avoir augmenté le budget? On dresse bien des clôtures autour des sites du Festival d'été et on fouille les spectateurs.
Il aurait été possible de protéger les 1600 soldats pendant la reconstitution et de protéger aussi leurs campements sur les Plaines. Le problème est que les reconstitutions ne se limitent pas à la chorégraphie. Elles sont souvent précédées d'un défilé en uniforme dans les rues de la ville et d'autres mises en scène.
Un groupe se préparait par exemple à revivre le parcours des soldats de Wolfe en grimpant le sentier de la côte Gilmour avec une pièce d'artillerie. Ces soldats, dont 80 % viennent des États-Unis, sont aussi des touristes qui veulent sortir en ville en uniforme, boire une bière, s'offrir en spectacle à qui le demande. Cela fait partie du plaisir.
Vous imaginez le malheureux soldat assigné à un uniforme britannique qui aurait parlé anglais un peu trop fort le soir devant des amis impulsifs de Pierre Falardeau? Comment voulez-vous assurer ce genre de sécurité?












