La logique voudrait qu'il réclame aussi le parc des Braves, le Vieux-Port, la Citadelle, les fortifications ou le terrain de la place d'Armes où trône la statue de Champlain. Regardez la carte : le Vieux-Québec est encerclé par des propriétés fédérales qui ont toutes une valeur patrimoniale ou symbolique. Puisqu'on parle ici de nourrir la ferveur nationaliste, pourquoi s'arrêter en chemin?
Mais en attendant le jour du rapatriement de toutes les institutions fédérales, si cela doit arriver, le PQ mènera les «batailles une par une», explique la députée Agnès Maltais.
En 2006, l'ex-ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, avait écrit à Ottawa pour réclamer les terrains du parlement.
Il trouvait «incongru» que le Québec doive louer au fédéral (55 $ par année) les terrains où repose l'assise même de son pouvoir.
Il n'est pas le seul.
Le Québec a commencé à revendiquer ce terrain en...1888 et est revenu à la charge, notamment sous René Lévesque et sous Pierre Marc Johnson. Le fédéral n'a jamais donné suite.
Il y effectivement quelque chose d'incongru à ce que le Québec paie un loyer au fédéral pour les parterres de l'Assemblée nationale.
Comme il y avait quelque chose d'incongru à ce que le premier ministre Jacques Parizeau s'installe à l'époque dans une résidence officielle rue des Braves, qui est de propriété fédérale.
Je ne me souviens pas cependant que le Parti québécois ait alors revendiqué le rapatriement de la rue des Braves. Comme il n'avait pas revendiqué les plaines d'Abraham jusqu'à ce que le débat sur la commémoration de 1759 lui en donne l'inspiration.
«L'incident fait la démonstration d'une incohérence, croit la députée Maltais. La Commission de la capitale nationale n'aurait pas fait cette erreur.»  Â
Une erreur suffisamment grave pour que le PQ joigne sa voix à d'autres nationalistes pour réclamer le rapatriement des Plaines et des budgets qui vont avec : 10 millions $ par année.
Les arguments officiels : éliminer une «structure inutile», simplifier les relations avec la région de Québec et exercer la pleine «compétence» du Québec sur le patrimoine et la culture.
Mais on comprend que le PQ cherche surtout à canaliser les ferveurs nationalistes réveillées par le projet de commémoration de la bataille des Plaines.
Pour des souverainistes qui cherchent depuis des décennies à percer le mystère Québec, l'occasion est inespérée. Même si je ne parierais pas sur les chances de succès.
Je n'ai aucune objection de principe à «rapatrier» à Québec les plaines d'Abraham et à y faire flotter un drapeau bleu plutôt qu'un drapeau rouge.
J'ai cependant une question : qu'est-ce que la Ville de Québec ou la Commission de la capitale nationale ferait de mieux avec les Plaines?
Je cherche, mais ne vois rien. Hormis, bien sûr, les débats de la commémoration de la bataille. Pour le reste, le parc ne serait ni plus beau, ni plus grand, ni mieux entretenu, ni tout à coup plus animé. À moins de vouloir en changer la vocation, ce qui serait un autre débat.
Le moment est peut-être mal choisi pour le dire, mais la réalité est que la Commission des champs de bataille agit en bon dirigeant citoyen. Même le PQ n'a pas de véritable grief à lui faire.
La Commission paye ses taxes municipales (3,3 millions $ par an), entretient le parc et accueille tous les grands événements de la vie de Québec. Y compris le feu de la Saint-Jean, même si cela lui brûle peut-être les doigts.
On peut bien vouloir se battre pour la couleur des drapeaux ou vouloir virer la Commission pour délit de fédéralisme. Mais il n'y a aucune indication qu'un autre gestionnaire des Plaines ferait mieux.
















