La Caisse de dépôt est autonome, mais elle existe en vertu d'une loi qui a été modifiée en 2004 et qui pourrait être amendée à nouveau. Avant d'aller jouer encore une fois dans ce film, il est donc nécessaire de savoir à quel point le mandat donné par le gouvernement a influé sur les décisions de l'institution.
Pour le grand public, les explications données hier par les dirigeants de la Caisse sont du chinois. Gestion du risque, couverture de change, papiers commerciaux, ce n'est pas tout le monde qui connaît ou comprend le jargon et la nature des opérations des institutions financières. Ce que le grand public peut comprendre, cependant, c'est que la Caisse de dépôt a perdu près de 40 milliards $ en 2008, qu'un peu plus de la moitié de cette somme est une perte comptable dont on peut espérer qu'elle soit partiellement épongée avec le temps, mais qu'on a commis une erreur grave dans le dossier des papiers commerciaux. Ce qui est également très clair, c'est que les actionnaires de la Caisse, comme la Régie des rentes, qui prévoyaient déjà des augmentations de tarifs, devront inévitablement majorer un jour leurs grilles tarifaires afin d'assumer leurs obligations. Bref, il faudra renflouer le bas de laine des Québécois, dont la valeur des actifs est revenue à ce qu'elle était en 2005.
Dans le monde politique, ce genre de nouvelle déclenche une chasse aux coupables teintée de partisanerie. Dans le cas actuel, l'opposition a raison de crier au meurtre. L'ADQ et le PQ se sont attiré le ridicule l'automne dernier lorsque Gilles Taillon et François Legault demandaient des comptes. Ils sont en droit aujourd'hui de soupçonner le gouvernement d'avoir caché les chiffres en raison de la campagne électorale.
En fin de semaine, Pauline Marois a soulevé la possibilité de demander au vérificateur général de faire enquête sur les pertes de la Caisse. L'ADQ va dans le même sens. Il n'est pas sûr que ce soit la direction à prendre. Les dirigeants de la Caisse ont admis avoir erré dans leur gestion du risque, mais personne ici n'est soupçonné de malversation ou d'avoir dilapidé intentionnellement les fonds publics. Il n'appartient pas au vérificateur de déterminer quel niveau de risque est approprié pour une institution comme la Caisse, et il est douteux qu'il ait l'expertise pour le faire de toute manière.
Par contre, il appartient aux politiciens de vérifier jusqu'à quel point le mandat donné par le gouvernement à la Caisse a pu avoir une influence sur ses rendements. Il leur appartient également de voir le rôle du conseil d'administration dans la vie de l'institution et de s'assurer que ses membres ont la compétence et les outils nécessaires pour présider aux destinés de cette institution. Et il leur incombe de réclamer des anciens gestionnaires de la Caisse des explications très détaillées sur les motifs qui les ont amenés à acheter des papiers commerciaux. Reconnaître une erreur, c'est une chose, l'expliquer, c'en est une autre.










