La preuve? Il y a 10 jours, deux sous-marins à propulsion nucléaire, l'un français, l'autre britannique, sont entrés en collision au fond de l'océan Atlantique.
Les experts ont aussitôt bondi sur leur calculatrice pour évaluer les probabilités qu'un tel accident se produise. «À peu près l'équivalent de gagner quatre fois la loterie en un mois», ont-ils statué.
Non. Pas si vite. Les experts n'ont pas fait leurs calculs tout de suite. Parce que les deux pays ont d'abord tenté de nier l'incident.
Au début, les Français ont suggéré que leur submersible avait heurté un objet ? probablement un conteneur ?, ce qui en dit long sur la propreté des océans. Il est vrai que, chaque année, environ 10 000 conteneurs se retrouvent au fond des mers. En 1992,
l'un d'eux a libéré une cargaison de milliers de petits canards en plastique, au large de Hong Kong! Les oisillons ont ensuite fait le tour du monde, au gré des courants marins. Certains ont été retrouvés 10 ans plus tard, à l'autre bout du globe!
Trêve de futilité! Nous ne sommes pas ici pour rigoler! Je vous rappelle qu'il était question de sous-marins et de secrets militaires, que diable!
Pressés de questions, les deux pays ont fini par admettre l'impossible collision. L'équivalent d'un amendement à la loi des probabilités.
Restait à trouver une «explausible», euh, je veux dire une explication plausible. «Si les sous-marins se sont percutés, ont-ils affirmé en substance, c'est qu'ils sont tellement sophistiqués qu'ils échappent à toute forme de détection.»
Autrement dit, les mastodontes se sont foncés dedans, comme des voitures se déplaçant tous les phares éteints, en pleine nuit.
«Un sous-marin moderne, ça ne fait pas plus de bruit qu'une crevette», a précisé un amiral arborant tellement de médailles qu'on aurait pu le repêcher au fond de l'océan avec n'importe quel aimant bon marché.
Les sous-marins ont regagné leur port d'attache. La catastrophe a été évitée. Mais ce n'est pas faute d'avoir essayé très fort. Car les joujoux se baladaient avec une collection impressionnante d'engins atomiques. L'équivalent de 2000 fois la bombe larguée sur Hiroshima!
Les esprits chagrins s'interrogeront sur l'utilité de se promener au fond des mers avec des armes capables de vaporiser la moitié d'un pays. La guerre froide est finie. Et aucun pays ne menace la Grande-Bretagne et la France.
Mais parions que l'incident n'empêchera pas le duo de continuer à faire la leçon à des pays comme l'Iran. «Vous n'êtes pas assez responsables pour détenir la bombe atomique», diront-ils sans rire.
Nous vivons une époque formidable, au cours de laquelle les humains sont menacés par les maladies, par les catastrophes naturelles, par la pollution, et j'en passe. Mais juste au cas où cela ne suffirait pas, ils ont accumulé un arsenal nucléaire capable de tuer chaque représentant de l'espèce 30 ou 40 fois.
De fait, il y a deux calamités contre lesquelles il n'y aura jamais de défense adéquate : la stupidité et la bombe atomique. Alors, imaginez lorsqu'elles sont réunies.
Que ceux qui préfèrent une fin déprimante s'en tiennent à la conclusion A. Les autres peuvent passer directement à la conclusion B.
Conclusion A. Dans son livre Les saigneurs de la guerre, l'auteur Jean Bacon estime qu'avec l'argent dépensé durant la Première Guerre mondiale, «on aurait pu (...) donner une maison toute meublée, avec deux hectares de terrain, à chacune des familles des États-Unis, du Canada, d'Angleterre, d'Irlande, de France, d'Allemagne et de Russie, et doter, dans le monde entier, chaque ville de plus de 200 000 habitants d'un hôpital, d'une université et d'une bibliothèque.»
Conclusion B. Comme le disait le regretté Coluche : les militaires auront le dernier mot. «La guerre de 14-18 a fait un civil tué pour 10 militaires. La guerre de 39-45, un civil pour un militaire. La guerre du Vietnam, 100 civils pour un militaire. Pour la prochaine, les militaires seront les seuls survivants. Alors, engagez-vous!»









