La course vers l'intérêt public

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François Bourque
Le Soleil

(Québec) Je souhaite aussi le retour du Red Bull Crashed Ice dans le Vieux-Québec.

L'architecture, le décor et la vie du vieux quartier font partie du spectacle. Ce n'est pas seulement pour satisfaire les caprices d'un promoteur en quête de belles images. Cela contribue aussi au plaisir des spectateurs.Une descente de patin extrême dans un centre de ski ou une côte décharnée de la périphérie n'aurait ni le même impact, ni le même intérêt.

Dans ma toute première chronique pour ce journal, publiée il y a trois ans, j'avais parlé de «La ville heureuse» et de l'intérêt pour le Red Bull Crashed Ice, cette «rencontre improbable du sport extrême et des vieux murs de pierre».

Même les citoyens de la côte de la Montagne comprennent cet argument et ne le contestent pas.

Ces citoyens posent cependant une question légitime : n'y a-t-il pas un autre lieu que la côte de la Montagne?

La première présentation du Red Bull a été tenue le long des murs de fortification avec une arrivée à la place D'Youville. Ce n'est pas une hérésie de penser qu'il pourrait y avoir d'autres emplacements possibles.

J'ai cru un moment avoir trouvé en pitonnant sur Google Earth hier après-midi. J'ai imaginé un départ sur le mur nord de la Citadelle, une descente vers la rue Saint-Denis, un passage par la rue de la Porte vers le parc des Gouverneurs et l'arrivée sur la terrasse, au pied du Château Frontenac.

Même dénivelé et même longueur que le parcours de la côte de la Montagne. Un parcours spectaculaire avec vue sur le fleuve et les toits dans le décor et l'architecture du Vieux-Québec; beaucoup d'espace pour les spectateurs; contraintes à la circulation moindres que dans la côte de la Montagne.

J'étais sûr que tout y était. En plus, ce trajet allait ressembler à la pub du Red Bull Crashed Ice, celle des affiches et du site Internet avec la piste glacée déboulant vers le Château.

Patrice Drouin de Gestev s'est chargé de me refroidir, même s'il reconnaît n'avoir «jamais regardé (ce site) pour le Crashed Ice».

Spontanément, il croit que ce serait trop venteux; le passage, trop étroit sur la rue Saint-Denis; les équipements, trop lourds pour la terrasse Dufferin; ce serait trop proche du consulat des États-Unis, qui n'aimerait pas; il y aurait un problème de sécurité incendie et de nombreux partenaires à convaincre (Défense, Commission des champs de bataille, Commission de la capitale, Ville).

Je reconnais l'expertise de Gestev et j'ai bien entendu les arguments. Mais il me semble encore qu'aucune de ces objections ne serait insurmontable. Sauf le vent peut-être.

 

Il est tentant de tirer à «bullets rouges» sur le Comité des citoyens du Vieux-Québec à cause de son intransigeance et de son mauvais rôle dans ce débat.

Québec vient de sortir de la morosité. On n'a surtout pas le goût d'y replonger et de céder le plancher à des pisse-vinaigre.

Une ville ne doit pas être à la merci des intérêts particuliers et il y a ici un intérêt collectif manifeste au retour du Red Bull Crashed Ice. Il suffit de voir la mobilisation des citoyens, les pétitions, les sites Internet et les offensives radio.

Mais n'oublions jamais que le charme et la richesse du Vieux-Québec reposent sur la cohabitation des fonctions résidentielles, touristiques, institutionnelles et commerciales.

Contrairement à d'autres quartiers historiques du monde, le Vieux-Québec n'est pas un décor de carton-pâte qu'on range une fois les touristes partis.

C'est un vrai quartier habité par des citoyens dont la présence dépend de notre capacité à y maintenir une qualité de vie raisonnable.

Un Vieux-Québec qu'on abandonnerait aux seuls touristes ou amants de passage ne serait pas non plus dans l'intérêt collectif.

 

M. Labeaume a annoncé hier soir au conseil qu'il allait acheter une caisse de Red Bull pour envoyer un message positif à l'entreprise. Il a invité les citoyens de Québec à en faire autant.

On comprend la bonne intention, mais je suis de ceux qui trouvent que ce n'est pas le rôle d'un maire d'inviter ainsi à la consommation d'un produit. Surtout si le produit ne fait pas l'unanimité sur le plan de la santé.

Et puis, y avez-vous pensé? Une caisse de Red Bull pour le maire Labeaume. La dernière chose dont il a besoin, c'est de boissons énergisantes. Il est tombé dans la marmite quand il était petit.

Il me semble qu'une tisane à la camomille servirait mieux l'intérêt public.

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