Poser la question, c'est déjà condamner M. Cannon, si son patron en vient à lire cette chronique. Stephen Harper n'aime pas la concurrence.
Hier, à Bruxelles, le Canada s'est réjoui de l'initiative américaine de convoquer un sommet sur l'Afghanistan qui inclurait toutes les parties touchées par la guerre, y compris l'Iran satanique.
M. Cannon a dit en conférence de presse téléphonique que la proposition de son homologue américaine, Hillary Clinton, correspond parfaitement aux orientations canadiennes dans ce dossier.
Le hic, c'est la présence de l'Iran à cette conférence prévue pour le 31 mars, dans un lieu qui reste à déterminer. Non pas que l'Iran n'ait rien à y voir, au contraire.
Voisin de l'Afghanistan, le pays des ayatollahs avait d'abord collaboré avec les États-Unis après l'attaque du 11 septembre. Mais l'Amérique de George W. Bush avait par la suite choisi de se priver de l'appui de ce membre de «l'axe du mal» qui n'avait aucun atome crochu avec les talibans.
La position canadienne telle qu'exprimée à la suite de la réunion de l'OTAN relève de la plus grande logique, tout autant que le grand virage de la politique américaine.
Sans espoir de victoire militaire et à des lustres d'une solution politique acceptable pour tous les Afghans, les Occidentaux se réveillent peu à peu et invitent maintenant des pays comme l'Inde et la Russie, outre l'Iran, à faire partie de la
solution.
J'ai toutefois quelques difficultés à arrimer la position de M. Cannon avec celle de son chef qui affirmait en entrevue au Wall Street Journal, la semaine dernière, que l'Iran incarnait «le mal».
Même l'auteure de l'article, Mary Anastasia O'Grady, a exprimé sa surprise devant ce qualificatif qui lui rappelle le vocabulaire à la mode sous Ronald Reagan ? une surprise agréable et «rafraîchissante» à ses yeux.
Vérité à New York, erreur à Bruxelles, donc? Je dirais plutôt le contraire, car la diplomatie ne fait pas dans le blanc et noir, mais rejoint toutes les nuances du gris.
Ce n'est pas tout. Dans la même entrevue, peut-être encouragé par une équipe éditoriale sympathique, M. Harper accusait la Russie d'avoir un comportement agressif dans la zone arctique.
Ses menaces à l'espace aérien canadien deviennent de plus en plus nombreuses et ennuyeuses, leur a-t-il dit.
«On ne dit pas ces choses en public de nos jours, même si on sait qu'elles sont vraies», commente la journaliste qui semble regretter le bon vieux temps de la guerre froide.
Hier, par contre, M. Cannon se réjouissait de la reprise du dialogue avec la Russie décrétée par lui-même et ses homologues de l'OTAN après le gel des relations à la suite du conflit entre ce pays et la Géorgie, l'an dernier.
À la suite de Mme Clinton et de quelques pays européens, le Canada a enfin compris la futilité de bouder la Russie, qui demeure malgré tout une grande puissance économique et militaire et qui a droit de faire entendre sa voix politique.
L'administration Obama-Clinton a choisi de relancer la politique internationale des États-Unis sur de nouvelles bases, de revenir à l'ère du dialogue, aussi difficile soit-il avec certains régimes.
L'usage unilatéral de la force et les gros mots contre les prétendus «méchants» de ce monde ne correspondent plus à l'air du temps. Il ne suffit pas de revenir à de saines politiques, sur le plan international, il faut aussi que les paroles du premier ministre correspondent à ce réalignement.










