L'économiste y raconte comment nos voisins ont vécu au-dessus de leurs moyens, profitant du crédit facile pour construire des maisons trop grosses de plus en plus loin des centres-villes. Pendant des décennies, l'appétit pour les maisons a grandi en symbiose avec l'appétit pour l'automobile, avec pour conséquence que les citoyens sont partis vivre au bout des autoroutes.
Ce fut l'apogée des banlieues et d'un certain rêve américain, décrit M. Florida. Sauf que ce rêve vient d'être emporté par la crise, croit-il.
Le modèle de la banlieue pouvait avoir un sens à l'époque où les centres-villes des États-Unis étaient encombrés, sales et pollués. Migrer vers les proches banlieues était facile, presque logique.
Mais la structure de l'économie a changé, raconte Florida. Il ne s'agit plus de créer des biens et de les transporter, mais de générer des idées et de les faire circuler.
Certaines villes y parviennent mieux que d'autres; la crise a pour effet d'amplifier les écarts entre gagnantes et perdantes.
Les villes manufacturières et les villes-champignons qui ont grandi trop vite vont souffrir davantage, prévoit-il : Detroit, Cleveland, Buffalo, Saint-Louis, Phoenix ou Las Vegas. Certaines pourraient ne jamais s'en relever.
Les villes qui résisteront mieux à la crise et en sortiront plus fortes sont celles qui auront misé sur les cerveaux, l'éducation et la créativité, pense M. Florida, qui reprend ici les idées de son «indice bohémien» : New York, Los Angeles, Boston, la Silicon Valley, etc.
L'économie ayant changé, il faut revoir la géographie des villes et mettre fin à l'étalement des banlieues, croit le professeur Florida.
Il faut créer des milieux de vie qui favorisent la mobilité, les échanges et la mixité; mieux utiliser l'espace, densifier les banlieues de première couronne et en améliorer la qualité de vie.
Il faudra de meilleurs liens entre banlieues et centres-villes et investir dans le rail, réduire le trafic sur les autoroutes.
Voilà des pistes qui vont intéresser le groupe de travail sur la mobilité et l'urbanisme, formé cet hiver par le maire de Québec.
Certaines idées du prof Florida risquent de choquer. Il suggère, par exemple, que trop de citoyens sont propriétaires de leur maison.
L'argent public et l'énergie consacrée à l'immobilier ne sont plus disponibles pour les technologies médicales, le software ou les sources d'énergie nouvelles, plaide-t-il. Il propose aux gouvernements d'encourager davantage la location.
Un autre économiste, Andrew Oswald, va plus loin. Il constate que les villes des États-Unis et d'Europe qui ont les plus forts ratios de propriétaires ont les plus hauts taux de chômage.
Son hypothèse : les citoyens qui possèdent une maison sont moins mobiles et ne se déplacent pas pour suivre les emplois.
Le professeur Florida termine quand même sur une note d'espoir. Les Américains ont toujours su s'adapter, particulièrement lors des crises. Sans doute y parviendront-ils encore.
Il ne le mentionne pas, mais l'élection de Barack Obama, sensible à l'environnement et au développement durable, pourrait faciliter le virage des villes américaines.
Pourquoi vous raconter tout ça, vous demandez-vous peut-être encore.
C'est simple. Parce que nous habitons l'Amérique et qu'il est rare que ce qui se passe aux États-Unis ne finisse pas par nous rejoindre aussi. Ce n'est qu'une question de temps et de degré.
1 - «How the crash will reshape America», Richard Florida, professeur d'économie à l'Université de Toronto. http://www.theatlantic.com/doc/200903/meltdown-geography










