Le texte devait aborder notre obsession de la sécurité. Le casque pour le vélo, le protège-cou pour le patinage et peut-être même le parachute pour le jardinage, tant qu'à y être.J'allais commencer, lorsque j'ai entendu l'ex-président de la Caisse de dépôt, Henri-Paul Rousseau, s'exprimer devant la Chambre de commerce de Montréal.
Et quand le gratin de la finance québécoise s'est levé d'un bond pour applaudir ce gestionnaire venu expliquer la perte de 40 milliards $, j'ai eu la vague impression d'être mené en bateau.
Comme lorsque le Capitaine Bonhomme racontait son combat à mains nues contre cinq requins et trois crocodiles, devant un auditoire qui était ravi de répéter en choeur : «Les sceptiques seront confondus!»
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Je précise que je n'ai rien contre les chambres de commerce. Ni contre M. Rousseau. Ni même contre les opérations de relations publiques un peu trop évidentes.
M. Rousseau est peut-être un génie de la finance. Ou la victime de règles comptables trop sévères. Ou juste un autre gestionnaire qui jure que ce n'est pas lui qui a oublié la casserole sur le feu. Je n'en sais rien.
Ce que je sais, en revanche, c'est que M. Rousseau n'a pas le sens des institutions. Et nous non plus.
N'importe où ailleurs, un ancien grand commis de l'État comme lui aurait réservé ses premières explications aux élus. Par respect pour la démocratie et pour les institutions parlementaires. Que dis-je : par respect pour les citoyens qui comptent sur la Caisse pour assurer leurs vieux jours.
N'importe où, mais pas au Québec. Ici, il était naturel que M. Rousseau agisse comme si la Caisse appartenait au secteur privé. Ici, il était naturel qu'il se trompe d'audience. Comme si le pdg de la Banque Nationale choisissait d'expliquer son bilan aux actionnaires de la Banque Royale, pour mieux pouvoir s'écrier, à la fin : «Je les ai convaincus!»
On dira que nous avons le droit d'avoir des traditions différentes. On dira aussi que la Caisse doit préserver son indépendance par rapport au pouvoir politique.
Reste qu'aux États-Unis, je vous laisse imaginer le nombre de comités du Congrès qui se pencheraient sur une débâcle comparable.
Pas nécessairement pour dénicher des malversations. Disons pour découvrir les règles ayant guidé les investissements à risques? Ou pour expliquer la lenteur à remplacer certains administrateurs?
Pas grave. Pour veiller sur l'intérêt public, les États-Unis ont la Chambre des représentants.
Ottawa a la Chambre des communes.
Et nous avons les chambres de commerce.
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L'humour populaire s'est déjà emparé de cette affaire, dont au moins trois versions différentes circulent.
«Un homme voyageant à bord d'une montgolfière s'est perdu. En amorçant sa descente vers le sol, il aperçoit une promeneuse.
«Pardonnez-moi, hurle-t-il. J'ai promis à quelqu'un de le rejoindre près d'ici, mais j'ai perdu ma route. Pourriez-vous me dire où je me trouve?»
La promeneuse lui explique : «Vous voyagez à environ 30 mètres du sol, par 41 degrés Nord, et 75 degrés Ouest.»
L'homme fait la grimace et lui répond :
«Vous êtes sûrement députée.
- Mais comment avez-vous deviné? s'écrie la femme.
- Simple. Ce que vous dites est théoriquement exact, mais je ne vois pas à quoi cela peut servir, explique le voyageur. Vous n'êtes d'aucun secours.
Et la femme répond, du tac au tac.
- Vous êtes sûrement le pdg d'une grande institution financière!
- Absolument, répond l'autre. Comment l'avez-vous découvert?
- Vous ne savez pas où vous êtes. Vous vous êtes élevé en profitant d'une bulle d'air. Vous faites des promesses que vous ne savez pas tenir. Vous n'avez pas bougé depuis tout à l'heure et maintenant, vous dites que tout est de ma faute.»
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