Comme l'éléphant qui est terrorisé par la souris, dans tous les bons dessins animés. La bestiole arrive en trottinant, et puis hou! hou! hou! le gros éléphant grimpe à toute vitesse sur un minuscule tabouret, où il essaie tant bien que mal de se maintenir...
Allez savoir pourquoi. Vous dites «droits de la personne», et les conservateurs voient déferler des hippies gorgés de LSD sur une jeunesse sans défense. Vous dites «libertés fondamentales», et les conservateurs voient une immense brèche à la frontière, par où s'engouffrent les hordes d'Attila le roi des Huns, pillant tout sur leur passage. Vous dites «Nations unies», et ils voient une armée de bureaucrates endormis sur leur bureau, pendant que les rouges manifestent et festoient dans les couloirs, grâce à l'argent volé dans la caisse.
Stephen Harper lui-même ne prononce jamais ces mots redoutés sans adopter l'air crispé du petit garçon qui vient d'avaler un bourdon.
On dira qu'il ne faut pas tout mélanger. Mais comment ne pas devenir un peu confus devant un bilan semblable?
? Le Canada reste le seul pays occidental qui ait refusé de rapatrier l'un de ses ressortissants, Omar Khadr, emprisonné à Guantanamo. Le prisonnier était encore un enfant au moment de son arrestation. De plus, il a sans doute été torturé. Mais cela ne semble pas troubler le gouvernement outre mesure. Au diable nos beaux engagements pour la réhabilitation des enfants soldats! Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, semble même ravi de répéter qu'il n'a pas fait son travail...
? La semaine dernière, un tribunal a dû ordonner au gouvernement canadien de continuer à défendre un Canadien qui risque la peine de mort aux États-Unis. Le gouvernement avait décidé de ne plus défendre systématiquement ses citoyens en pareilles circonstances. À peu près comme si l'assurance maladie ne fonctionnait que les jours impairs. À votre charge de ne tomber malade qu'au bon moment.
On pourrait continuer en évoquant le véritable travail de sabotage auquel se livre le Canada sur la scène internationale dès qu'il est question de changements climatiques ou du tribunal pénal international? Ou encore rappeler que le Canada fait partie des quatre pays (sur 148!) qui ont voté contre la Déclaration des Nations unies sur les droits des autochtones.
Mais à quoi bon? Heureusement, il nous reste nos célèbres hivers de 10 mois. Sinon qui reconnaîtrait encore le Canada?
Je me souviens d'un professeur de droit qui disait à la blague que l'idée de réduire les libertés pour combattre le terrorisme, c'était aussi logique que de démolir les routes sous prétexte que des récidivistes de l'alcool au volant y circulent parfois.
Et vous savez quoi? Ce distingué professeur était membre du Parti conservateur du Canada.
Je me demande s'il a encore le coeur à rire, ces jours-ci, en voyant le gouvernement tenter de ressusciter la défunte Loi antiterroriste, qui permet notamment d'emprisonner de manière «préventive» une personne soupçonnée de terrorisme.
Fidèles à leur habitude, les conservateurs accusent ceux qui s'opposent à la Loi d'éprouver davantage de compassion pour les terroristes que pour leurs innocentes victimes.
Ah oui? Moi, je constate seulement que ce ne sont pas les terroristes qui ont négligé d'entretenir les digues de La Nouvelle-Orléans, provoquant la catastrophe que l'on connaît. Ni les terroristes qui ont complètement déstabilisé l'économie mondiale. Et ce ne sont pas les terroristes qui ont saccagé les finances publiques en multipliant les baisses d'impôt et les aventures guerrières inutiles.
Même dans ses rêves les plus fous, Oussama ben Laden n'aurait pas imaginé mieux.
Et en constatant à quel point les droits et libertés sont devenus suspects aux yeux de gouvernements comme celui du Canada, il doit parfois se convaincre qu'il a gagné la partie...










