Il a songé à partir après la victoire libérale, mais on l'a convaincu d'attendre un peu, le temps de trouver un successeur. On croit maintenant qu'il sera là jusqu'à l'été, mais Jean Charest devra se mettre à la recherche d'un nouveau chef de cabinet dans les prochains mois.
Changer de chef de cabinet est parfois plus difficile que de remanier le Conseil des ministres. Le titulaire du poste doit avoir la confiance du premier ministre et savoir établir son autorité chez les ministres.
Après le règne difficile de Stéphane Bertrand, l'arrivée de Daniel Gagnier avait été applaudie à l'interne mais accueillie avec scepticisme dans les médias. Ancien haut fonctionnaire fédéral, M. Gagnier avait été chef de cabinet du premier ministre ontarien David Peterson et venait de prendre sa retraite de la compagnie Alcan. On ne lui connaissait aucune racine chez les libéraux du Québec et aucune expertise en politique québécoise. Plus encore, on comprenait mal la décision de Jean Charest de recruter un ancien membre du Centre d'information sur l'unité canadienne, qualifié de boîte à propagande du gouvernement fédéral sous Pierre Trudeau.
Or l'arrivée de M. Gagnier au PLQ a coïncidé avec les prises de positions les plus nationalistes de Jean Charest et une remontée du parti dans les sondages.
Sa chance a tourné depuis janvier. Son nom a été associé à la nomination controversée de Michael Sabia à la Caisse de dépôt. Les deux hommes ont travaillé ensemble à Ottawa. L'annonce du déficit budgétaire et les pertes de la Caisse de dépôt ont plongé le gouvernement dans une crise dont il ne s'est toujours pas remis.
Le chef de cabinet et le directeur des communications sont les boucs émissaires quand les choses ne vont plus au sein d'un gouvernement. Comme il n'y a plus de directeur des communications depuis le départ de Michel Guitard, tous les regards se tournent vers M. Gagnier. Bientôt âgé de 63 ans, indépendant de fortune et propriétaire d'une petite ferme dont il faisait son rêve de retraite, l'homme a toujours fait savoir qu'il était là sans ambitions personnelles et uniquement pour rendre service à son ami Charest.
Son remplacement constitue un défi d'autant plus délicat qu'il sera de plus en plus difficile de motiver les ministres, dont plusieurs sont en poste depuis 2003 et en sont à leur dernier mandat. L'enthousiasme des débutants n'est plus là et les libéraux ne vivent pas l'euphorie qui fait les 100 premiers jours d'une nouvelle équipe gouvernementale. Qui plus est, l'expérience montre que les ministres en fin de carrière sont davantage motivés par leur place dans l'histoire que par les objectifs du gouvernement. La discipline est plus difficile à maintenir.
Daniel Gagnier n'est pas seul à préparer son départ. Certains collaborateurs de Jean Charest sont déjà passés dans les cabinets de ministres. D'autres ont décidé d'attendre la fin de la tempête économique avant de partir, mais ce n'est que partie remise. Il faut donc prévoir un remaniement important du personnel d'ici l'automne.
Voilà une tâche qui ennuie profondément Jean Charest. Ne soyez pas surpris si vous le trouvez morose pendant la période de questions, il préfère les tribunes internationales à la petite gestion quotidienne.










