Au moment où l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) découvre que «le marasme devrait s'accentuer» au Canada, inutile de pavoiser, et passons vite aux discussions : si possible, tous, de Washington à Pékin en passant par Brasilia et Berlin, doivent tirer la couverture dans la même direction.
Heureusement, l'Organisation écrit dans son rapport que le gouvernement canadien dispose d'une marge de manoeuvre suffisante pour agir encore plus sur la relance de l'économie.
Pour l'instant, par contre, le non-interventionniste qui sommeille en Stephen Harper reprend le dessus, après un budget à contre-courant de ses tendances naturelles. Il répand le mot que le robinet est fermé.
Le Canada joue de plus en plus le rôle de figurant aux rencontres du G8. Dans ce nouveau club des 20 pays capables d'influencer l'avenir de l'économie internationale, nous n'avons plus grand-chose à dire, en vérité.
Loin de moi l'idée de vouloir dénigrer le gouvernement conservateur, qui a pratiquement abandonné toute présence internationale depuis son arrivée au pouvoir.
Le constat vaut ce qu'il vaut, mais le site officiel du Sommet de Londres, hier, recensait des citations de 16 des 20 participants dans le cadre de cette rencontre.
M. Harper fait partie du peloton des quatre silencieux, en compagnie notamment de l'Italien Berlusconi, dont les interventions, de toute manière, ne portent pas à conséquence. Ses propos des récentes semaines n'ont eu aucun d'écho en Grande-Bretagne.
Autre signe d'absence du tableau, le groupe de travail du professeur John Kirton, de l'Université de Toronto, qui détient la pole position parmi les experts sur le G8 et le G20, a confié la contribution canadienne pour son document de travail sur le Sommet de Londres à nul autre que Paul Martin.
L'ancien premier ministre a beau avoir mis sur pied le G20 des Finances, il y a 10 ans, n'empêche que les cinq autres auteurs «nationaux» représentent leur gouvernement, non l'opposition.
Je n'ose prêter de mauvaises intentions au professeur Kirton, lui qui tient à son indépendance professionnelle comme à la prunelle de ses yeux.
Évidemment, je ne demande pas à M. Harper de se ridiculiser à la Nicolas Sarkozy en quittant ou menaçant de quitter le Sommet s'il n'obtient pas satisfaction.
L'effet de scène serait assuré, certes, mais côté service rendu à l'humanité, il faudrait repasser.
Le Canada a choisi de ne pas crier au loup, en fait de ne pas crier du tout. Le premier ministre se méfie de toute tentative de refondation du système capitaliste, comme le proposait M. Sarkozy lors de sa visite à Québec, l'automne dernier.
Il propose plutôt comme exemple «exemplaire» le régime bancaire canadien, qui a bien résisté à la tourmente jusqu'ici. Touchons du bois, l'économie peut encore s'enfoncer, surtout si les États-Unis ratent leur relance et les Européens tombent dans le protectionnisme.
Mais côté intervention, le fédéral a fait sa part, laissait savoir le bureau du premier ministre avant son départ pour une brève tournée médiatique américaine, dimanche et lundi.
Le Canada a également averti ses partenaires qu'il a déjà assez donné au Fonds monétaire international, toujours à la recherche d'argent pour aider les pays les plus pauvres à s'en sortir.
Décidément, nous ne sommes plus à l'ère des Paul Martin, Jean Chrétien et Brian Mulroney, alors qu'aucune crise n'échappait à la vigilance d'Ottawa et à des promesses d'intervention et de soutien.










