Voilà le genre d'histoires que les Américains publieraient sans hésitation, mais que les médias québécois, plus respectueux de la vie privée, abordent toujours avec prudence. Y a-t-il un intérêt public dans cette affaire? Voilà la question.
Hier encore, de nombreux collègues des deux politiciens confirmaient l'information à mes collègues Simon Boivin et Michel Corbeil, mais sous le sceau de l'anonymat. Leur attitude était révélatrice de l'embarras que cette situation crée dans les deux partis concernés. Finalement, c'est la ministre elle-même qui a jugé, en début de soirée, qu'il était préférable d'en parler ouvertement. Elle a pris la bonne décision. Les rumeurs et les cancans qui sont le lot de toutes les organisations ou entreprises peuvent créer des problèmes graves en politique s'ils donnent prise à des soupçons ou à des accusations de conflits d'intérêts. Il est préférable de connaître cette liaison immédiatement, au lieu d'attendre qu'elle soit ébruitée plus tard dans le contexte d'une controverse sur un dossier politique.
Pas banale
La situation de Mme Normandeau et de M. Bonnardel n'est pas banale. Même les attachés politiques des politiciens seraient mal vus par leur patron s'ils nouaient des relations amoureuses avec leurs collègues des autres partis.
Les spécialistes consultés hier ne voient pas de problème d'éthique pour le moment. La situation serait tout autre si on apprenait un jour que le député Bonnardel a profité de ses liens privilégiés avec la ministre pour obtenir un traitement plus rapide des dossiers de sa circonscription. Nous n'en sommes pas là.
C'est sur le plan politique que la situation devient problématique. Imaginez un peu que le caucus de l'ADQ décide, la semaine prochaine, d'une stratégie pour mettre la ministre Normandeau dans l'embarras sur un dossier scabreux concernant son ministère.
Les adéquistes pourraient-ils préparer leur plan d'attaque en toute confiance, en présence de leur collègue Bonnardel? J'en doute.
Autre exemple : imaginez un peu que les maires de la circonscription du député aient besoin d'un lobby efficace auprès du ministère des Affaires municipales pour régler un dossier. Que feront les fonctionnaires aux prises avec les demandes du député? S'ils lui facilitent la tâche, ils donnent l'impression d'avoir tenu compte de sa relation avec leur patronne. À l'inverse, la machine bureaucratique peut jouer d'une trop grande prudence pour ne pas se faire accuser de favoritisme. Dans ce cas, ce sont les concitoyens de M. Bonnardel qui seraient pénalisés.
La perception est souvent plus importante que la réalité en politique. Le secret ou le «pas de commentaire» qui entourait jusqu'à maintenant cette affaire est levé. Certains lecteurs auront peut-être une certaine sympathie pour ces «Roméo et Juliette» de familles politiques rivales. Mais il demeure que leur relation, dont on n'a pas trouvé de précédent dans l'histoire politique canadienne, placerait les partis politiques dans une position intenable si elle devait être imitée par plusieurs de leurs collègues.
Le premier ministre Charest a besoin de chaperons dans son équipe. La relation amoureuse de sa ministre lui a sans doute rappelé un opéra célèbre...
«L'amour est enfant de Bohême, il n'a jamais, jamais connu de loi.» ? Carmen










