Samedi, selon la version écrite de son discours d'acceptation, M. Ignatieff lançait en une courte phrase la bataille de l'assurance emploi en disant que «nous avons besoin de critères nationaux d'admissibilité» à ce programme.
Le lendemain, coup d'éclat, il chiffre ce critère : 360 heures, ou neuf semaines de travail à temps complet, suffiront pour que les futurs chômeurs reçoivent de l'aide.
Si le gouvernement ne change pas les règles du jeu, tant pis pour lui. Peut-être que les libéraux le renverseront dès qu'ils auront un programme électoral à offrir, soit en juin.
Désarçonner la galerie des commentateurs n'est pas en soi un défaut, pour un chef politique. Mais le leader du PLC a tenté par tous les moyens pendant son intérim de recentrer son parti gauchisé par Stéphane Dion.
Pourquoi ce virage inattendu, assorti d'une menace d'élections au milieu de juillet, au moment où les électeurs n'en veulent surtout pas? Mystère.
Évidemment, Stephen Harper et son gouvernement envoient promener les libéraux : un, ils n'ont pas les politiques sociales particulièrement à coeur; deux, ils ont déjà trop dépensé au goût de leurs électeurs; trois, une grande partie de cet argent irait aux travailleurs de l'Ontario, qui de toute manière ne votent pas pour eux.
Les bloquistes se font une joie, eux, de renvoyer les libéraux à leur passé, sans oublier que Paul Martin a mis le grappin sur les surplus de la caisse de l'assurance emploi.
Quoi de mieux alors que de distribuer, comme ils l'ont fait hier, une lettre de Jean Chrétien datant de 1993, un message adressé au regroupement Action chômage Kamouraska et promettant de corriger les erreurs de Brian Mulroney?
Dans l'esprit de Gilles Duceppe, les libéraux pleurent sur le sort des chômeurs avant les élections, puis sabrent encore plus leurs bénéfices une fois au pouvoir.
M. Duceppe n'a pas pu résister, et je le comprends : ses questions, hier, s'adressaient dans les faits à son nouvel adversaire numéro un, M. Ignatieff lui-même.
Autant M. Harper semble enregistrer des points en rappelant sans cesse le petit mot de son rival sur les hausses de taxes inévitables - c'est vrai, mais il ne fallait pas le dire face à des conservateurs portés sur la démagogie -, autant le chef du Bloc peut jouer la carte de l'assurance emploi.
M. Duceppe peut prendre la pole position sans aucune gêne dans ce dossier : son parti a présenté la semaine dernière un plan détaillé de réforme de l'assurance emploi dont le seuil de 360 heures n'est qu'un des volets.
Avait-il pressenti quelque chose dans le collimateur libéral? Je vous épargne les détails, mais plusieurs économistes, et pas seulement ceux que cite le Bloc, soutiennent que l'aide aux chômeurs bénéficie doublement à la société : il revient directement dans le circuit économique et maintient la confiance de ces «consommateurs».
Le NPD a lui aussi appuyé sur la détente avant M. Ignatieff en faisant adopter par les Communes, le 5 mars dernier, une motion introduisant la norme de 360 heures avec l'appui des deux autres partis d'opposition.
Les conservateurs ont voté contre, mais le gouvernement n'est pas tombé, la question de confiance n'étant pas posée. Elle le sera, la prochaine fois, mais croyez-vous à des élections le 13 juillet?
Le ministre des Finances, Jim Flaherty, se dit maintenant à l'écoute. Ce qui répond à la question, et tant pis pour l'«emprunt» de M. Ignatieff.









