Le métier de chef de l'opposition est probablement ce qu'il y a de plus ingrat en politique. Le rôle de critique vous donne l'air d'un chialeux, et l'expertise de la fonction publique avantage le gouvernement. Pire encore : si vous avez de bonnes idées, le gouvernement prend un malin plaisir à se les approprier. Rappelez-vous la longue traversée du désert de Jean Charest entre son arrivée à Québec en 1998 et sa prise du pouvoir en 2003. Ce qui arrive à Mme Marois n'est donc pas surprenant, mais ça demeure préoccupant.
Est-ce que le fait d'être une femme lui nuit? se demande un libéral en rappelant les préjugés à l'endroit de l'orientation sexuelle d'André Boisclair.
Est-ce que les libéraux du Québec profitent de la remontée de leurs cousins fédéraux sous Ignatieff? se demande un péquiste.
Personne n'a de réponse, mais tout le monde fait le même constat.
On dit souvent que les gouvernements ne sont pas élus, mais qu'ils sont défaits. Jean Charest aura été au pouvoir pendant une décennie s'il termine son mandat. C'est le genre de situation qui favorise généralement le besoin de changement au sein de l'électorat. Le PQ ne peut se permettre de plafonner très longtemps s'il désire en profiter.
Le problème de Mme Marois réside peut-être dans le fait qu'elle est incapable de nous convaincre qu'un gouvernement péquiste serait très différent du gouvernement libéral. On ne voit pas, dans les propositions du Parti québécois, en quoi un prochain gouvernement pourrait lancer un grand virage digne de la Révolution tranquille ou des avancées du Québec sous René Lévesque.
L'hypothèque des gouvernements péquistes récents pèse également sur les ambitions du PQ. Jean Charest est encore capable, dans les moments difficiles, de rappeler les déboires du gouvernement Landry, dont faisait partie Mme Marois. Les libéraux sont vulnérables sur les questions éthiques, mais l'analyse politique a encore en mémoire les problèmes de même nature sous le PQ qui n'a pas su doter le Québec d'un poste de commissaire à l'éthique.
Bref, les péquistes ont un grand remue-méninges à effectuer s'ils veulent profiter pleinement de la fatigue du gouvernement et du besoin de changement que ressentira inévitablement l'électorat. Un échec à ce chapitre pourrait ouvrir la voie à une remontée de l'ADQ. On aura beau dire que le dernier CROP est décevant pour les adéquistes, il reste que le parti conserve toujours des appuis réels dans la grande région de Québec, et que les députés qui ont survécu aux élections du 8 décembre continuent de gagner en compétence et en notoriété. Le défi de Pauline Marois est donc d'offrir une solution de rechange emballante et crédible aux Québécois. Si elle échoue, c'est l'ADQ et Québec solidaire qui recueilleront le vote des électeurs désillusionnés des deux grands partis. Une telle réaction de l'électorat n'empêcherait pas nécessairement l'élection d'un gouvernement péquiste, mais elle pourrait le priver d'une majorité. Un tel gouvernement serait paralysé sur la question nationale, un scénario de cauchemar pour le chef.









