Mais à force d'étirer la corde, le chef libéral peut provoquer la mauvaise surprise que tous craignent, un déclenchement accidentel d'une campagne électorale dont personne ne veut à la prochaine occasion, soit le 23 de ce mois.
M. Ignatieff se demandait plus tôt cette semaine si son parti pouvait accorder plus longtemps sa confiance à un gouvernement aussi incompétent.
Aussitôt dit, aussitôt démontré, comme le prouve l'affaire des documents perdus de la ministre Lisa Raitt. Incompétence il y a. J'y reviens plus loin, et il ne faudrait pas beaucoup d'autres exemples pour que les libéraux succombent à leur propre propagande.
M. Ignatieff sera à Montréal ce soir pour raffermir les coffres de son parti. Attendons donc un discours hautement partisan, l'événement l'exige, ceux qui auront payé 500 dollars pour une assiette de poulet s'y attendent.
Après le dernier budget, les libéraux ont mis le gouvernement conservateur sous probation, selon l'expression de leur chef. Le verdict, dit-il, viendra d'ici 10 jours, lorsque le gouvernement publiera les résultats de son plan de relance.
Vous l'aurez deviné, pour M. Ignatieff, l'argent ne viendra pas assez vite. Mais vous le savez aussi, il y a un nombre limité de «pépines» au Québec et au Canada, et des règles à respecter pour l'obtention des contrats : la crise ne justifie pas que tout un chacun se remplisse les poches.
Les libéraux savent lire les sondages et constatent que les mouvements de l'opinion publique appellent à la plus grande prudence. Des élections, aujourd'hui, ne donneraient pas de gagnant, nous naviguons toujours dans la classique marge d'erreur.
La remontée libérale se constate essentiellement au Québec, et le Bloc, comme il l'a fait hier sur le statut du français dans les lois fédérales, ne montrera aucune gêne à attaquer M. Ignatieff, son nouveau rival de choix.
Je crois encore à un été tranquille, mais il faut se méfier de l'«hommerie» toujours présente en politique.
Deux poids, deux mesures!
Maxime Bernier oublie des documents confidentiels, il perd son poste de ministre. Un an plus tard, sa collègue Lisa Raitt commet la même négligence. Elle conserve son mandat aux Ressources naturelles.
L'entourage de la ministre a oublié un dossier classé secret au pire endroit possible, pire encore que sur une table de salon ou de chambre à coucher : dans un studio de télévision, à portée de main des journalistes qui, évidemment, l'ont épluché et en ont diffusé le contenu.
Nul ne connaît vraiment l'importance stratégique de ces documents, Mme Raitt a détourné la question.
L'an dernier, Stephen Harper avait d'abord rejeté du revers de la main les attaques contre M. Bernier, avant de les trouver assez sérieuses pour accepter sa démission.
Hier, le premier ministre a envoyé au front deux de ses sbires expliquer que ce qui était auparavant «une très grave erreur peu importe de quel ministre il s'agit», finalement, ne méritait pas un congédiement, sinon celui de la pauvre employée gaffeuse.
Mme Raitt a répété comme un perroquet - à 12 reprises, en fait, voilà peut-être un record - qu'une erreur avait été commise, qu'elle avait offert sa démission, et que M. Harper l'avait refusée. Ce dernier, déjà en route pour Québec, en après-midi, n'était pas là pour la défendre.
Finie alors, la responsabilité ministérielle, nous dit le chef du gouvernement, et avis à tout le personnel des cabinets : surveillez vos papiers!
Décidément, il y a là deux poids, deux mesures. Bernier part, Raitt reste. Allez comprendre!










