Le problème, c'est que quelqu'un a sursauté au bureau du directeur général des élections lorsque la nouvelle a été publiée. N'est-ce pas là une dépense électorale? Et si oui, comment le PQ pourra-t-il respecter la limite de 63 000 $ en dépenses électorales permises par le DGE? Cette limite est déterminée par le nombre d'électeurs, soit 34 175 personnes à raison de 1,85 $ par électeur. Or, selon les états financiers du PQ pour l'année 2008, la conférence des présidents a coûté 71 631 $ l'an dernier. Le budget électoral du candidat Crête serait déjà dépensé avant même de comptabiliser le coût des affiches électorales qu'il a fait installer un peu partout dans la circonscription.
Au bureau du DGE, on reconnaît qu'il pourrait y avoir là un problème sérieux, mais on n'a pas encore statué. «Ça se fera très rapidement», a indiqué une porte-parole. Des discussions informelles avaient déjà eu lieu avec un responsable péquiste, qui cherchait à savoir si la tenue de la conférence des présidents à Drummondville pendant la campagne électorale constituerait une dépense électorale. On lui a répondu que si tel était le cas, ce serait marginal. Mais au PQ, on a cru à tort que le même raisonnement s'appliquait à l'événement s'il se tenait à Rivière-du-Loup, et on a négligé de vérifier avant de déplacer l'événement dans cette ville. Or, il est clair que la conférence a été déplacée pour donner un coup de main à Paul Crête. Le député péquiste de Drummond, Yves-François Blanchet, qui avait d'abord louangé la décision de tenir l'événement à Drummondville, a ainsi expliqué le changement dans un communiqué de presse, le 26 mai : «C'est normal qu'on fasse ce rassemblement à Rivière-du-Loup. Il faut prendre chaque possibilité de visibilité et de solidarité pour soutenir Paul.»
Mais selon les règles du DGE, «une dépense électorale est le coût de tout bien ou service utilisé pendant une période électorale pour favoriser ou défavoriser directement ou indirectement l'élection d'un candidat». On voit mal comment la conférence des présidents, déplacée spécifiquement pour des raisons électorales, pourrait échapper à cette définition.
Le PQ devra-t-il revenir à Drummondville? Il ne reste plus que 10 jours avant la conférence. Il faudrait décommander l'hôtel de Rivière-du-Loup et vérifier la disponibilité des locaux ailleurs. Pauline Marois n'a plus que quelques jours pour trouver un autre emplacement le long de la 20.
Ce serait humiliant d'admettre une telle erreur logistique pour un parti dont le mandat est justement de critiquer les erreurs du gouvernement.
Les malheurs du candidat Crête ne s'arrêtent peut-être pas là! Les libéraux soutiennent que la veille du déclenchement des élections, l'ex-député fédéral a fait un envoi massif de feuillets publicitaires du Bloc québécois dans la circonscription qu'il convoite. Or, ces feuillets n'ont atteint les foyers qu'après le déclenchement. Faudra-t-il comptabiliser cette dépense dans les frais de campagne du candidat? C'est un peu plus complexe, mais il ne fait aucun doute que le PLQ demandera au DGE de faire enquête.
Rivière-du-Loup est un enjeu important pour Pauline Marois. On admet volontiers que les libéraux auront la partie facile dans Marguerite-Bourgeoys, l'autre circonscription en élections le 22 juin, à cause du départ de Monique Jérôme-Forget. Le dernier sondage CROP donne une avance au PQ parmi les francophones. S'il fallait que les élections complémentaires dans Rivière-du-Loup ne confirment pas ces données, ce serait un coup dur.
Une chose est certaine, le PQ ne tient rien pour acquis. Hier matin, un petit commando de députés s'est entassé dans un véhicule pour aller donner un coup de main à Paul Crête. La semaine précédente, François Legault avait participé à une opération similaire aux côtés de Pascal Bérubé. «Si on était en fin de mandat libéral, ce serait facile, confie un organisateur. Mais en première année de mandat, le gouvernement peut faire miroiter un poste au cabinet. Ces gens-là ont déjà voté pour Albert Côté», rappelle-t-il.
Les libéraux non plus ne négligent rien. Les ministres Marguerite Blais, Nathalie Normandeau, Sam Hamad et Raymond Bachand ont déjà prêté main-forte au candidat D'Amour. Claude Béchard, Yves Bolduc et Laurent Lessard seront les suivants. Et Jean Charest se réserve une visite peu avant ou tout de suite après la conférence des présidents, si conférence il y a...
Une histoire à suivre.










