Il n'y avait rien de bien nouveau dans ce plan. Si on fait abstraction du projet de faire collecter les impôts d'Ottawa par Revenu Québec, une idée vouée à l'échec déjà avancée par l'Action démocratique du Québec, le reste est un copier-coller de la plateforme électorale du Parti québécois de l'automne dernier. Adoption d'une Constitution, citoyenneté québécoise, enseignement de l'histoire, occupation entière des champs de compétence du Québec, renforcement de la langue française, rapatriement de la culture et des arts, tout était là, et j'en passe. En fait, le seul point de la plateforme que le «nouveau» plan du PQ a passé sous silence, c'est l'ouverture du dialogue de nation à nation avec les Premières Nations et les Inuits.
Pour certains souverainistes, comme Louis Bernard, l'annonce de Mme Marois donne une direction claire au grand projet du PQ et signifie que la souveraineté sera vraiment au coeur de la prochaine campagne électorale. Je veux bien, mais expliquez-moi ce qui pourrait changer, puisque c'est très précisément ce que proposait la dernière plateforme du Parti aux dernières élections.
Il est difficile de réinventer un discours politique. Vous vous souvenez des envolées oratoires de Bernard Landry, en 2003, lorsqu'il disait qu'il ne voulait plus gouverner une province mais diriger un pays? Pauline Marois a fait son deuil de cette formule. En fait, son discours de dimanche est une admission implicite qu'elle ne voit toujours pas le jour où il lui sera possible de déclencher un référendum et de faire un pays. Elle propose donc un plan de gouvernement «provincial» en prévision du jour où elle prendra le pouvoir. Un gouvernement qui s'engage à aller chercher des morceaux de souveraineté en faisant pression sur Ottawa pour récupérer des compétences ou occuper pleinement celles qu'il détient déjà.
Le problème d'un tel plan est qu'il comporte une contradiction. Le gouvernement fédéral, quel qu'il soit, ne verra aucun avantage stratégique ou politique à céder à ces demandes si elles ne lui garantissent pas une certaine paix sur le front constitutionnel. Or, le PQ claironne justement que peu importent les compromis, sa démarche fera progresser le Québec vers la souveraineté. Essayez de convaincre un Ontarien ou un Albertain de cette logique, et vous comprendrez.
Au cours des dernières semaines, des rumeurs persistantes au PQ faisaient état d'un projet de tenir des référendums sectoriels afin d'établir un rapport de forces et d'amener Ottawa à céder certains champs de compétence comme la culture, par exemple. Mme Marois n'a pas retenu cette hypothèse de travail, du moins pour le moment. Craignait-elle de donner des arguments aux libéraux qui l'accusent de se complaire dans la chicane et les débats constitutionnels alors que la priorité devrait être l'économie? Peut-être. Mais les souverainistes purs et durs, s'il en reste, ont toujours cru qu'il sera impossible de ranimer la flamme si le PQ a toujours peur de faire peur.
Vous savez ce que je pense? Pauline Marois ne fait que gagner du temps auprès de ses militants. Elle mise sur le fait que dans trois ans, à l'approche de l'échéancier électoral, le besoin de changement, la fatigue des Québécois à l'endroit des libéraux et la perspective du pouvoir ranimeront l'enthousiasme des péquistes et feront passer une fois de plus la pilule de l'interminable attente du grand jour. Et vous savez quoi? Elle a probablement raison.










