Mais il faut voir plus loin qu'eux, si possible, et découvrir la réalité derrière la fiction. Résultat, une journée déprimante au travail, hier!
Après l'exposé jovialiste de Stephen Harper sur son plan de relance, les réactions prévisibles des irréductibles Gilles Duceppe et Jack Layton et le temps d'arrêt pour réflexion de Michael Ignatieff, il fallait bien passer aux choses sérieuses.
Rien de mieux pour s'embrouiller les idées que de se mettre à jour sur les pensées de gens ou d'organismes sérieux comme le Prix Nobel d'économie Paul Krugman, le très savant Economist, la Banque mondiale, le Fonds monétaire international et la Banque du Canada, pour ne citer que ceux-là.
Il n'y a rien là de très sexy comme littérature, vous l'aurez bien deviné. Mais nous apprenons là des vérités que ni le gouvernement ni l'opposition officielle n'ont envie de répandre.
Les conservateurs se taisent, évidemment, parce qu'il n'y a rien de plus déprimant qu'un gouvernement qui déprime : on ne gagne pas des élections sur des mauvaises nouvelles, et n'est pas Winston Churchill qui veut pour promettre du sang, de la sueur et des larmes.
Les libéraux, eux, ne veulent pas annoncer des lendemains qui déchantent, leur cote d'amour en souffrirait.
Je retiens de mes lectures que la crise financière durera plus longtemps que ce que les politiciens annoncent, dans les pays développés, qu'elle provoquera un endettement néfaste à long terme et que cet endettement alimentera une poussée d'inflation, ce véritable urticaire de l'économie.
Ajoutons à cela des tendances démographiques qui étouffent les régimes de retraite publics - sans compter l'ineptie de certains gestionnaires - et propulsent les coûts de santé vers des sommets inégalés.
Décourageant? Assez oui, surtout quand on se rappelle un certain nombre d'interventions désastreuses de ces organismes internationaux, sur le plan social. Si le passé est garant de l'avenir, les pauvres sortiront de la crise encore plus pauvres.
Stephen Harper ne fixe plus de calendrier pour le retour à l'équilibre fiscal : l'Economist nous avertit, aucun pays développé ne pourra réduire l'impact de sa dette comme le Canada et quelques autres l'ont fait avant la crise.
De l'endettement public à l'inflation, il n'y a qu'un pas, à ne pas franchir surtout. Ce qui exigera un sens des responsabilités aigu des dirigeants politiques, une denrée rare dans un Parlement instable, et qui le demeurera vraisemblablement en cas d'élections à court terme.
M. Krugman suggère de tolérer une petite dose d'inflation pour accélérer la relance, mais lui-même tempère les capacités de sa boule de cristal : il n'avait jamais vu venir les conséquences tragiques de l'explosion de la bulle immobilière.
Si Krugman a été pris par surprise, je m'étonne moins du retard de la Banque du Canada et de Jim Flaherty à comprendre l'ampleur de la crise malgré une série d'avertissements.
Le président de la Banque, Mark Carney, s'est même retrouvé seul contre tous, l'automne dernier, en annonçant toujours un avenir serein.
Il a conclu son virage, cette semaine, sur le constat que le Canada risque gros, dans le contexte international. Le pays pourrait faire les frais d'une sortie de crise désordonnée, notamment à cause de la hausse de la valeur du dollar qui neutralise les effets du plan de relance.
Alors, oui, docteur, l'heure est grave. Je n'ai pas vu l'ombre d'un passage optimiste, dans ces analyses. Rien que des incertitudes, et encore plus d'incertitudes.










