La récession a changé tout ça. À un point tel que le même gouvernement Charest qui criait au meurtre chaque fois que l'on prononçait le mot déficit se prépare à adopter une loi qui lui permettra d'en faire un pendant au moins quatre ans de suite.
Pour le critique péquiste François Legault, qui risque fort de se retrouver aux Finances si Pauline Marois prend le pouvoir aux prochaines élections, c'est un véritable cauchemar qui se prépare. Pour faire un déficit, le gouvernement Charest doit suspendre temporairement la loi sur l'équilibre budgétaire mis en place sous Lucien Bouchard. Cette loi n'autorise les déficits que dans les circonstances exceptionnelles, comme une récession, mais elle commande le remboursement du même déficit dans un délai de cinq ans. C'est de tout cela dont veut se soustraire le gouvernement avec le projet de loi 40 dont il forcera l'adoption la semaine prochaine.
Même si on prévoit que la récession ne durera que deux ans, Québec se donne le droit de faire des déficits au cours des quatre prochaines années, et attendra deux ans pour définir à quel rythme on retrouvera l'équilibre budgétaire. En termes partisans, cela veut dire que les libéraux pourront endetter le Québec pour payer l'épicerie pendant quatre ans. François Legault soupçonne de plus le gouvernement de vouloir profiter de l'occasion pour cacher le déficit structurel dans les finances publiques qui existait, selon lui, avant le début de la récession.
Le projet de loi du gouvernement est conçu à partir des prévisions du ministère des Finances qui annoncent que la somme des déficits au cours des quatre prochaines années sera de 11,4 milliards $. Si le scénario des Finances tient la route, le Québec retrouverait l'équilibre budgétaire à la fin du mandat libéral en 2013.
Ce qui veut dire que les libéraux pourraient déclencher les prochaines élections en annonçant la fin des déficits. Ils pourraient faire leur campagne contre les dangers d'un retour au pouvoir d'un gouvernement péquiste dépensier. Et si le PQ devait remporter ces élections, le parti aurait les mains liées par la dette libérale et n'aurait aucune marge de manoeuvre pour tenir ses promesses et préparer les esprits à la tenue d'un référendum sur la souveraineté.
Nous sommes bien loin de la prochaine échéance électorale, et le député Legault a bien du mal à intéresser les médias aux intentions gouvernementales.
A-t-il raison de voir des gestes partisans dans la manoeuvre des libéraux pour faire adopter la loi 40? Il est difficile de trancher. Mais peu importent les considérations politiques dans ce dossier, il est bien évident que les efforts de réduction de la dette des dernières années sont anéantis. Les mêmes prévisions du ministère des Finances annoncent que le coût annuel du service de la dette passera de 6 à 9,4 milliards $ au cours des cinq prochaines années. Et même si le Québec renoue avec le déficit zéro en 2013, le vieillissement de la population et la hausse des soins de santé continueront de grever sérieusement les finances publiques. S'il fallait en plus que le gouvernement fédéral renoue avec sa recette des années 90 et diminue ses paiements de transfert aux provinces pour équilibrer ses propres finances, ce serait la catastrophe. Qui donc voudrait être ministre des
Finances du Québec dans une telle situation? François Legault? J'ai un petit doute.










