C'est ce qui est arrivé hier au Centre des congrès de Québec. Pendant toute la journée, environ 300 personnes ont parlé de pauvreté, dans le cadre du Rendez-vous de la solidarité organisé par les ministres Sam Hamad et Lise Thériault. L'activité visait à lancer une grande consultation afin de préparer le «deuxième Plan d'action gouvernemental en matière de lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale».
Je n'ai rien contre ces grands événements, sauf quand ça tourne en débats entre des groupes de pression qui défendent leurs intérêts économiques ou idéologiques.
Hier, il y avait là la Fédération des chambres de commerce, le Conseil du patronat, la FTQ, la CSQ, la Ville de Montréal, l'Ordre professionnel des travailleurs sociaux, le Collectif pour un Québec sans pauvreté, et j'en passe. En tout et partout, près d'une trentaine d'intervenants qui ont fait un tour de table en matinée avant de passer en ateliers en après-midi.
Une manifestation était déjà prévue à l'extérieur. Comme on s'y attentait, quelques organismes, dont le Collectif, ont quitté la table pour protester, parce que le document de travail du gouvernement ne répondait pas à leurs exigences.
«Vous quittez la consultation que vous aviez exigée?» a demandé un journaliste au porte-parole du Collectif.
Hé oui! C'est comme ça que ça marche, les lobbies. Ça fait des coups d'éclat et des communiqués de presse.
Faisons la part des choses?: ils n'ont peut-être pas tort, les gens du Collectif ou du FRAPRU, de se méfier de la démarche du ministre Hamad. Ces grands forums sont souvent des opérations de relations publiques visant à démontrer que le gouvernement travaille. Et puis la présence du Conseil du patronat ou des Chambres de commerce à ces discussions amène rarement des idées originales.
Je comprends que le gouvernement désire impliquer tout le monde dans la lutte contre la pauvreté, du patronat jusqu'aux syndicats. Mais ce ne sont pas les porte-parole qui arrivent avec des textes rédigés à l'avance qui trouveront des avenues originales pour aider les gens.
Est-ce qu'il y avait des pauvres dans la salle, hier? J'ai posé la question. On m'a dit que oui. Mais les vrais pauvres, s'il y en avait, trouvent rarement leur place dans ces querelles institutionnalisées de lobbies et de porte-parole.
La présence de ces groupes de pression n'est pas inutile dans un débat de société. Mais ils n'aident pas leur cause lorsqu'ils font passer la stratégie avant la discussion.
Il y aura d'autres séances de consultation à l'automne, dans les 17 régions du Québec. On nous dit que ces rencontres, loin de l'arène politique et plus près des gens, permettront au vrai monde de se faire entendre.
Souhaitons que ce soit le cas. Certaines des interventions d'hier étaient intéressantes et sincères, mais le jeu politique a pris la vedette et a tué l'intérêt. Quand les coups d'éclat et les stratégies des groupes de pression font dévier le débat, c'est le gouvernement qui finit par décider, tout seul. Or, n'est-ce pas justement ce qu'on veut éviter, en réclamant des consultations?












