On n'a pas l'habitude d'entendre un tel discours chez les péquistes. Joseph Facal s'était attiré les foudres de Bernard Landry lorsqu'il avait lancé un cri d'alarme sur l'endettement à titre de président du Conseil du trésor. André Boisclair était soupçonné par sa gauche de vouloir remettre en cause certains acquis de la social-démocratie, mais il ne s'était jamais aventuré aussi loin. Même Pauline Marois, qui admettait en privé que le gel des tarifs étudiants n'avait pas de bon sens, ne tenait pas le même discours en public.
François Legault a été moins timide hier midi. «Moi, je suis un comptable. Froidement, là, quand on regarde ça, il y a deux solutions?: ou on coupe les dépenses, ou on augmente les revenus. [...] Les deux solutions sont difficiles politiquement, mais [...] on fonce dans le mur actuellement, on est en train de s'endetter et de laisser la facture à nos enfants». Selon lui, il va falloir agir «autant du côté des dépenses que des revenus».
M. Legault a refusé de s'engager lorsqu'on lui a demandé quelles vaches sacrées il faudrait revoir. Mais sa réponse en dit long sur les avenues qu'il accepterait de considérer s'il était ministre des Finances. Le gouvernement, a-t-il dit, a tabletté plein d'études qui offraient des pistes de solution?: les lucides, Montmarquette sur les tarifs, Castonguay sur la santé, et Jacques Ménard, qui a fait deux rapports, le premier sur la santé et le plus récent sur l'éducation.
Les lucides, regroupés autour de Lucien Bouchard et Joseph Facal, demandaient une hausse des tarifs d'électricité et l'ouverture au privé pour la construction des infrastructures.
Montmarquette suggérait un calcul de la valeur réelle de tous les tarifs et une majoration conséquente.
Castonguay suggérait le recours au privé en santé, ainsi que la création d'un Fonds de stabilisation financé à même la taxe de vente et une franchise imposée aux bénéficiaires, une sorte de «ticket modérateur», quoi...
François Legault n'est pas ministre. Son intervention d'hier a été faite dans le cadre de son opposition à l'adoption de la loi 40, par laquelle le gouvernement Charest suspend la Loi sur l'équilibre budgétaire et se donne le droit de faire des déficits pendant quatre ans. Je vous prédis que Jean Charest fera des pieds et des mains aujourd'hui, à la période de questions, pour le forcer à se prononcer sur certains éléments de solution comme des hausses de taxes ou des coupes budgétaires dans la santé ou l'éducation. Il n'y parviendra pas. Mais la réaction la plus intéressante sera celle de Pauline Marois : les péquistes endossent-ils un discours aussi lucide? Permettez-moi d'en douter.
Remarquez que c'est le PQ qui a fait le ménage dans les finances publiques au début des années 80, et à la fin des années 90 sous Lucien Bouchard. Voilà peut-être la seule raison qui pourrait amener Mme Marois à aller aussi loin que son critique des finances?: au fond, ce que demande M. Legault, c'est que Jean Charest fasse ce ménage avant la fin de son mandat, au lieu de laisser encore une fois au PQ l'odieux des compressions budgétaires et des hausses de taxes. Et ça, ne comptez pas sur les
libéraux pour le faire.











