L'herbicyclage, Pauline Marois et la pêche au cachalot

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Jean-Simon Gagné
Le Soleil

(Québec) On dit souvent que le journalisme consiste à annoncer la mort de M. Tartempion à des gens qui ignoraient son existence quelques instants auparavant.

Mais l'administration publique, ce n'est pas de la tarte non plus! N'écoutez pas les mauvais plaisantins qui répètent que cela consiste à réglementer la pente maximale des routes, au beau milieu de la plaine. Même quand le législateur défend une noble cause, il n'est jamais à l'abri du malentendu qui fera sombrer son action dans le ridicule.

On pense à cette coquille typographique qui vit jadis un «règlement sur la pêche au cachalot» se métamorphoser en «règlement sur la pêche au chocolat». On pense aussi à cette affiche, qui provoqua l'hilarité dans plusieurs ministères?: «La photocopieuse réservée au public est interdite aux usagers.»

Sans oublier cet antique communiqué de la Ville de Nantes : «En raison de l'augmentation [du coût] de la vie, notre délégation a autorisé une hausse de 200?% sur le prix des cercueils.»

Ne nous éloignons pas du sujet. Car l'administration publique doit aussi composer avec la population. Et c'est là que ça se complique.

Qu'il se lève, le fonctionnaire qui n'a jamais songé que l'administration serait plus simple sans les administrés! Qu'il se lève, le député qui n'a jamais répété, au fond de lui-même, la phrase de Berthold Brecht?: «Il faut congédier le peuple, et en élire un autre»!

Blague à part, on parle beaucoup d'herbicyclage, à Québec, ces jours-ci. L'an dernier, quand la Ville a cessé de ramasser les sacs de gazon, on ne voyait pourtant que des avantages à cette pratique qui consiste à laisser le gazon coupé sur place, pour qu'il serve d'engrais.

Respect de l'environnement. Économie de 700 000 $. L'herbicyclage ne constituait pas la plus belle découverte depuis l'eau chaude, mais presque. Tout ça était résumé par un groupe écologiste dans un document de 21 pages intitulé Guide d'implantation de l'herbicyclage en milieu municipal.

À propos, ne me demandez pas comment on parvient à noircir autant de pages sur l'herbicyclage. Ni de vous résumer les sections pompeusement intitulées «La pelouse et les politiques québécoises» ou encore «La pelouse et la population». Ce qui compte, c'est que la route qui mène vers les lendemains qui chantent se révèle tortueuse. La Ville s'inquiète désormais que beaucoup de citoyens déversent leur gazon coupé dans leur bac de recyclage. Est-ce parce que le mot herbicyclage rime avec recyclage? Allez savoir. Remarquez, il s'en trouve probablement pour croire que l'herbicyclage constitue un nouveau modèle de bicyclette conçue pour rouler sur l'herbe. Mais ceux-là ne sèment pas le chaos dans la chaîne de récupération. Alors, on les laisse roupiller tranquille.

 

Le hasard veut que ces problèmes d'herbicyclage coïncident avec l'adoption du «plan pour un Québec souverain», la nouvelle stratégie du Parti québécois de Pauline Marois.

Difficile de ne pas relever la ressemblance. L'herbicyclage, c'est comme le PQ. Et le PQ, c'est comme l'herbicyclage. Vous laissez l'ancien se décomposer sur place, et le nouveau repousse dessus. Tout est recyclable et biodégradable, à défaut d'être tout à fait compréhensible.

Vous croyez que j'exagère? Alors je vous mets au défi de classer par ordre chronologique les anciennes stratégies suivantes, comme autant de couches d'humus?: la feuille de route, la tournée des grandes oreilles, l'étapisme, l'étapisme simplifié, la conversation nationale, les 1000 jours vers la souveraineté, le bon gouvernement, la souveraineté-association, la souveraineté-partenariat, la saison des idées, l'affirmation nationale, les conditions gagnantes, le beau risque, les référendums sectoriels, et j'en passe.

Comme le brin d'herbe qui redresse la tête après le passage de la tondeuse, le PQ envisage l'avenir avec optimisme.

«Nous réaliserons la souveraineté du Québec l'année prochaine, si Dieu nous prête vie, se dit-il. Sinon, nous la réaliserons l'année suivante.»

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