Personne n'est irremplaçable. Mais il est bien évident que la présence de François Legault au sein de l'équipe péquiste aurait constitué un gage de crédibilité en vue de la prochaine campagne électorale. Le caucus péquiste perd donc un atout majeur.
Bien sûr, les prochaines élections ne sont pas pour demain, et la chef du PQ donnera la chance à quelqu'un d'autre de se faire valoir. Elle se tournera sans doute vers son critique en matière d'institutions financières et député de Nicolet-Yamaska, Jean-Martin Aussant, un diplômé des meilleures écoles canadiennes et internationales. Mais M. Aussant n'a pas l'expérience et la notoriété de François Legault.
À certains égards, le départ du député de Rousseau soulagera peut-être Mme Marois. Il lui portait ombrage, et elle ne lui a jamais fait confiance depuis qu'il lui a tourné le dos pour se ranger derrière Bernard Landry après le départ de Lucien Bouchard en 2001. Mais il reste que cette démission donnera l'impression de désaccords majeurs au sein de l'équipe péquiste. François Legault n'a pas dit un mot sur la question nationale depuis qu'il a émis l'opinion qu'il était préférable de mettre la souveraineté sur la glace. On peut penser qu'il était en désaccord avec la souveraineté à la pièce proposée il y a deux semaines à la veille de la Conférence des présidentes et présidents du PQ. On sait, à tout le moins, qu'il a eu un désaccord majeur avec Mme Marois l'an dernier, lorsqu'il a proposé une hausse générale des tarifs pour assainir les finances publiques du Québec. La chef du PQ a rejeté sa proposition. C'est d'ailleurs le même message qu'il a lancé la semaine dernière, en annonçant que le Québec se retrouverait dans une situation budgétaire catastrophique à la fin du mandat libéral, à cause des quatre années de déficits annoncées dans le projet de loi 40 qui voulait suspendre la loi antidéficit. J'ai déjà demandé à Legault s'il avait le goût de gérer un tel problème si le PQ prenait le pouvoir dans quatre ans... Son hésitation laissait déjà entrevoir la décision qu'il nous annoncera aujourd'hui.
Le ciel est donc bien sombre dans les milieux péquistes en ce lendemain de la fête nationale et surtout après la défaite dans Rivière-du-Loup. Le candidat péquiste Paul Crête n'aurait eu besoin que de 1269 votes de plus pour transformer la majorité de 2536 voix de Jean D'Amour en défaite libérale et en victoire pour le PQ. Pourquoi fallait-il relancer la controverse sur la souveraineté à deux semaines de cette élection? se demandent de nombreux militants en cherchant des boucs émissaires autour de Pauline Marois. La sortie de Jacques Parizeau sur l'utilité des crises, c'était imprévisible et incontrôlable, d'accord! Mais le plan sur la souveraineté aurait pu attendre à l'automne, non? Et comme s'il fallait en remettre, voilà ce départ de François Legault.
L'été sera bien long pour Mme Marois. L'automne également.











