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Gilbert Lavoie
Le Soleil

(Québec) Créé à l'instigation de Jean Charest, en 2003, le Conseil de la fédération a beaucoup retenu l'attention des médias et du gouvernement fédéral à ses débuts. Tout ce qui est susceptible de créer de nouveaux rapports de force entre Ottawa et les provinces est généralement porteur de nouvelles importantes.

C'est dans cet esprit que les premiers ministres des provinces ont créé le conseil à Charlottetown, le 5 décembre 2003. C'est cette ville qui avait accueilli la conférence de 1864, qui a mené à la confédération canadienne.

Les premiers pas du conseil ont été marqués par un succès important. Profitant de la faiblesse de Paul Martin, qui venait de succéder à Jean Chrétien en plein scandale des commandites, les provinces ont forcé la main du fédéral pour obtenir une augmentation de 41 milliards $ sur 10  ans de la contribution fédérale en santé. La bataille contre le déséquilibre fiscal faisait alors consensus entre les premiers ministres des provinces qui se scandalisaient des faramineux surplus budgétaires du gouvernement canadien.

On l'a vu encore hier sur le sujet des sables bitumineux de l'Alberta, la belle unanimité qui régnait alors entre les provinces se heurte depuis à de nombreux obstacles, notamment sur les questions environnementales et budgétaires. Aujourd'hui et demain, les premiers ministres, réunis à Regina pour deux jours, s'entendront sans aucun doute pour dénoncer la politique Buy American adoptée par le congrès des États-Unis. Mais le gouvernement Harper dénonce également ce retour au protectionnisme. C'est sur les questions de politique canadienne que le Conseil de la fédération se heurtera encore une fois aux nombreuses divergences qui ont sapé son influence au cours des dernières années. Jean Charest n'a pas trouvé les appuis désirés parmi ses collègues, lorsque le gouvernement Harper a modifié unilatéralement la péréquation. Même chose lorsque le ministre James Flaherty a opposé une fin de non-recevoir au Québec, qui demandait la même compensation que celle accordée à l'Ontario pour l'harmonisation de la taxe de vente provinciale avec la TPS. Les provinces se retrouvent souvent en compétition pour la manne fédérale. Elles trouvaient une oreille attentive à Ottawa quand le gouvernement canadien nageait dans les surplus budgétaires, mais ce n'est plus le cas.

À quoi sert le Conseil de la fédération dans un tel contexte? En politique comme ailleurs, la clé du succès repose souvent sur la confiance qui se tisse au fil des ans entre les leaders. Bien sûr, ces liens se faisaient déjà au sein de la conférence annuelle des premiers ministres des provinces, mais la mise sur pied du conseil a renforcé le cadre de ces rencontres et leur a donné une perspective plus large qui va jusqu'à l'international. Ce n'est pas pour rien, d'ailleurs, que l'organisme a établi son secrétariat à Ottawa. Le lobby des provinces a tout intérêt à être bien structuré et à maintenir une présence active dans la capitale fédérale.

Pour le reste, il est bien évident que l'influence de ce conseil tiendra toujours à la personnalité et à la philosophie politique de ses membres. Si elle devenait première ministre, Pauline Marois subirait de fortes pressions pour se retirer d'un tel organisme. Mais pour le moment, Jean Charest, Dalton McGuinty et Gary Doer adorent y jouer un rôle national et même international, d'où l'idée d'un voyage en Chine, l'automne dernier.

Au fond, le Conseil de la fédération sera toujours à l'image de ses membres. Il aura donc ses hauts et ses bas. Mais le plus grand plaisir des bureaucrates fédéraux et des politiciens comme Stephen Harper serait de le voir disparaître. Raison de plus pour le conserver.

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