Après le débat de la fin de semaine qui a tourné à l'avantage d'Éric Caire, Gilles Taillon a tenté hier de reprendre l'initiative. Il a présenté son «Nouveau départ», un plan de travail en cinq points qui se veut une «vision de progrès et de fierté pour le Québec». En fait, et il l'a reconnu, ses engagements constituent un retour au programme qui a permis à Mario Dumont de devenir chef de l'opposition officielle aux élections de 2007. Après moult consultations, M. Taillon en est venu à la conclusion que l'erreur de Mario Dumont est d'avoir dévié de ses engagements électoraux qui tournaient principalement autour d'une diminution de la taille de l'État et de la réduction de la dette.
M. Taillon n'a pas tort : c'est vrai qu'une fois à la tête de l'opposition, M. Dumont et ses députés ont tiré dans toutes les directions, multipliant ainsi les risques de se contredire et, pire encore, de se tourner en ridicule. C'est d'ailleurs ce qui est arrivé lorsque l'Action démocratique du Québec a tenté de provoquer des élections sur la question de l'abolition des commissions scolaires.
Mais ce n'était pas là le seul problème des adéquistes. Ce qui a fait le plus mal à M. Dumont, c'est d'avoir été incapable de formuler des propositions crédibles en matière économique et de se positionner comme une solution de rechange sérieuse au gouvernement libéral minoritaire. L'ADQ blâmait les failles dans l'administration gouvernementale et demandait des correctifs souvent coûteux, tout en réclamant une baisse dans les dépenses de l'État. Jean Charest n'a pas eu de difficultés à convaincre l'électorat que l'opposition était une véritable girouette qui tournait au moindre vent.
L'autre raison de la débandade des adéquistes, et on a tendance à l'oublier, c'est le départ d'André Boisclair. Les préjugés à l'endroit de M. Boisclair ont pesé lourd dans la démobilisation des souverainistes aux élections de 2007. Les appuis pour le Parti québécois sont revenus à leur niveau habituel dès l'arrivée de Pauline Marois.
Les candidats à la succession de Mario Dumont reviennent donc à la charge avec les mêmes préoccupations d'équité entre les générations qui dominaient leur discours avant 2007. Le problème, c'est qu'aujourd'hui, tout le monde est conscient de l'ampleur de ce danger. Comme il n'y a pas 36 solutions, les discours des partis commencent à se ressembler. François Legault en a discuté très librement lorsqu'il a démissionné en juin, et les jeunes libéraux ont insisté sur cette même question à leur dernier congrès.
Bref, ce n'est plus en proposant des solutions très hypothétiques pour dans quatre ans que les candidats adéquistes parviendront à se démarquer. L'objectif est trop loin pour qu'on les prenne au sérieux. C'est dès septembre, quand le gouvernement libéral reviendra avec son projet de loi 40 l'autorisant à faire des déficits jusqu'en 2013. Ou bien ils laissent passer la loi en se contentant de dénoncer les libéraux, ou bien ils proposent des solutions de rechange. Parce que la dette du Québec, c'est maintenant qu'elle est hors de contrôle. Dans quatre ans, il sera trop tard et le prochain gouvernement devra vivre avec le gâchis qu'on lui prépare.










