Un sauveur sachant se sauver en orbite

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Un sauveur sachant se sauver en orbite

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Le Soleil, André-Philippe Côté

Jean-Simon Gagné
Le Soleil

(Québec) Mercredi, le fondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, avait un message de la plus haute importance à transmettre à la planète, pour ne pas dire à l'univers.

Ne froncez pas les sourcils. Il y a de simples mortels qui se contentent de prononcer des discours à la nation - comme les présidents des États-Unis, par exemple. Guy Laliberté, lui, appartient à une autre espèce. Il n'a pas de temps à perdre avec seulement quelques millions de Terriens.

Bref, le mois prochain, Monsieur se rend dans l'espace. Mais il tient à préciser qu'il ne va pas jouer les touristes. Et qu'il ne s'y rend pas juste pour le plaisir.

Les vilains qui ont pu croire à des choses semblables - ne serait-ce que l'espace d'un instant - seront privés de dessert.

Quant aux autres, tenez-vous-le pour dit. Guy Laliberté part en orbite pour accomplir une «mission sociale et poétique» sur le thème de l'eau. Il décolle pour élever la conscience de l'Humanité. Et le clou de son séjour sera un grand happening, dans plusieurs villes du monde, modestement baptisé Moving Stars and Earth for Water.

Vous savez le plus beau dans tout ça? Il ne réclame même pas un merci!

Comme le coq persuadé que le soleil attendait son chant pour se lever le matin. Grand seigneur, il n'en disait rien à ses poules.

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Évidemment, il se trouvera des pisse-vinaigre pour rappeler que M. Laliberté ne voyage pas dans l'espace pour une poignée de cacahuètes. De fait, les 35 millions $ qu'il dépense pour tourner autour du globe représentent 48 000 fois le salaire annuel moyen en Inde. Ou 150 000 fois le salaire annuel d'un ouvrier en Ouzbékistan.

Nous vivons une époque formidable, au cours de laquelle ce sont des milliardaires comme Bill Gates, Warren Buffet ou Guy Laliberté qui parlent constamment de sauver le monde, même si on ne sait pas toujours sur quelle planète ils habitent.

Il n'importe. M. Laliberté n'a que faire des sceptiques et des envieux. Ceux-là, quand vous leur pointez la Lune, ils ne regardent que votre doigt.

Avant même le décollage, M. Laliberté s'est déjà attribué deux grandes premières. D'abord, il se décrit comme le premier «explorateur spatial privé» de l'histoire du Canada. Ensuite, il se présente comme «la première personne à bord de la Station spatiale internationale à être investie d'une mission sociale et humanitaire».

Il importe peu que seulement neuf astronautes canadiens aient volé en orbite dans «l'histoire du Canada». Ni que personne avant lui n'ait perçu l'utilité de mener une mission «sociale et humanitaire» à 350 kilomètres d'altitude.

Que voulez-vous. Les temps ont changé. Finie l'époque où l'astronaute Alan Shepard s'inquiétait pour des broutilles. «Une fois dans l'espace, disait-il, cela fait tout drôle de songer que votre vie dépend de milliers de pièces d'équipement qui ont toutes été fabriquées par le soumissionnaire le plus bas sur les appels d'offres du gouvernement.»

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Mercredi, Guy Laliberté a parlé de spiritualité, de poésie, d'universel, de sa fondation One Drop, d'aide humanitaire, de conservation de l'eau, des sources de la vie, de mission sociale, de pauvreté et de gens assoiffés.

Fiou! Est-ce du marketing pop-psycho-humanitaire? De la poésie mystico-écolo-New Age? Je vous laisse le choix.

Ce qui compte, c'est que le 9 octobre, pendant que le superhéros voyagera autour de la Terre à la vitesse approximative de 27 700 km/h, ses amis Bono, Al Gore et cie se mobiliseront pour une série d'événements, dans 14 villes différentes.

Et après?

Après, l'astronaute Laliberté redescendra sur terre. Et tant pis si son événement va rejoindre les Live-Aid, Band-Aid et autres grands happenings plus ou moins sans lendemain.

Pour lui, tout n'aura pas été vain.

D'abord, il restera suffisamment de pauvreté dans le monde pour occuper ses dimanches après-midi.

Ensuite, il pourra compter sur le fait que la charité apaise généralement la conscience du riche bien avant de changer la vie du pauvre...

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