La peur des mots

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François Bourque
Le Soleil

(Québec) Regrouper des artistes et des personnalités publiques pour une lecture de textes historiques sur les Plaines au soir de l'anniversaire de la bataille de 1759 pouvait difficilement être autre chose que politique.

Je m'étonne donc d'entendre des élus comme le maire de Québec remettre en question leur participation sous prétexte que l'événement serait devenu trop politique, qu'on y trouvera trop de politiciens d'une même famille politique et trop peu des autres familles. C'était pourtant écrit dans le ciel.

Le Moulin à paroles (1) n'a jamais fait de cachette qu'il voulait, 24 heures durant, montrer et incarner la «résistance des gens d'ici».

Celle des citoyens de Québec lors du siège de 1759 qui s'est achevé par la bataille des Plaines; celle de la langue, de la religion et de la culture de ceux qui parlent français.

Puis sous le large parapluie de la résistance, la lutte des Patriotes pour la démocratie et le gouvernement «responsable»; la bataille pour la survie du français dans l'Ouest; la lutte contre la conscription et les grands combats sociaux du XXe siècle : droit de vote des femmes et féminisme, syndicalisation, nationalisme.

Personne ne met en doute l'intention des concepteurs du Moulin à paroles d'en faire un événement rassembleur.

Il y a d'ailleurs un beau symbole à ce que des descendants directs de Montcalm et de Wolfe soient du nombre.

Mais il allait de soi qu'avec pareil menu, on allait attirer davantage de militants et d'acteurs de la gauche nationaliste que du Parti conservateur ou de l'Institut économique de Montréal.

Sans compter que les concepteurs du Moulin, Biz et Sébastien de Loco Locass, ont souvent pris pour cible les libéraux de Jean Charest. Il ne faudrait pas faire semblant de ne le découvrir qu'aujourd'hui.

M. Labeaume remet en question sa participation au Moulin à paroles qui serait devenu, selon lui, trop partisan pour qu'il s'y sente «à l'aise».

C'est sûr qu'il serait plus simple pour M. Labeaume si davantage de fédéralistes ou de politiciens de toutes couleurs y étaient aussi.

Celui qui fut jadis attaché politique et candidat à une investiture du PQ ne souhaite plus aujourd'hui s'afficher dans le camp des souverainistes. Ni dans l'autre camp d'ailleurs.

Il souhaite être perçu comme neutre. Un choix stratégique qui se défend, quand on est le maire de Québec et qu'il faut composer avec des gouvernements supérieurs dont la couleur change au fil des ans.

Remarquez que cela n'a jamais empêché les prédécesseurs de M. Labeaume de prendre parti, M. L'Allier se rangeant chez les souverainistes; Mme Boucher, M. Pelletier et M. Lamontagne chez les fédéralistes.

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Le maire Labeaume a aussi justifié son malaise par la présence parmi la centaine d'invités du militant extrémiste Patrick Bourgeois. Il lui reproche des propos incitant à la violence lors du débat sur la reconstitution de la bataille des Plaines. Le PQ a d'ailleurs banni M. Bourgeois pour ce même motif.

Personne n'a demandé à M. Labeaume de défendre l'indéfendable ni d'endosser les excès de langage de M. Bourgeois. Déjà qu'il en a parfois plein les bras à endosser les siens.

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J'irai au Moulin à paroles pour les mêmes raisons que je serais allé à la reconstitution de la bataille des plaines d'Abraham. Pour la pertinence du sujet, pour l'originalité du spectacle et pour apprendre l'histoire d'un angle autre que celui des manuels et des textes officiels.

Je sais que cette histoire sera colorée par les choix des concepteurs du spectacle. Mais n'en est-il pas toujours ainsi ? J'irai aussi pour le plaisir des mots, car le Moulin à paroles ne fait pas seulement dans la résistance, il célèbre aussi la littérature.

Une sélection de textes et d'auteurs marquants dont un extrait des récits de voyage de Jacques Cartier que devait lire M. Labeaume.

J'irai de nuit. Pour voir les mots sortir de l'ombre.

(1) Kiosque Edwin-Bélanger, plaines d'Abraham, du 12 septembre, 15h, au 13 septembre, 15h.

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