C'est un peu surprenant de la part des ténors d'une formation politique qui a encore six députés à l'Assemblée nationale et qui occupait les fauteuils de l'opposition officielle il y a moins d'un an. L'ADQ n'a peut-être que 8 % dans les intentions de vote, mais c'est un peu normal pour un parti qui n'a plus de chef.
Les déclarations d'hier sont davantage le reflet de l'inquiétude des militants face aux guerres fratricides qui opposent les candidats à la succession de Mario Dumont. Il faut entendre les spéculations chez les libéraux et les péquistes sur la possibilité de défections des députés adéquistes pour comprendre que le petit caucus de la deuxième opposition fera l'objet d'un maraudage intensif s'il lui est impossible de refaire l'unité après le choix du prochain leader. On estime peu probable que les députés adéquistes passent directement chez les libéraux ou le PQ comme l'ont fait André Riedl et Pierre-Michel Auger. Mais certains pourraient faire la transition à titre d'indépendants.
Quoi qu'il en soit, c'est vers le député François Bonnardel que tous les regards se tournent dorénavant. Il était en Israël lorsque la querelle a éclaté, et quelque part dans l'Ouest canadien hier, à une rencontre de parlementaires. Vice-président de la campagne de Gilles Taillon, il est probablement le seul à jouir d'une influence suffisante pour calmer le jeu, mais encore faudrait-il qu'il le fasse. M. Bonnardel est membre du caucus; il devra continuer à travailler avec Caire, peu importe les résultats de la course à la direction. À moins, bien sûr, qu'il n'aille siéger aux côtés de Nathalie Normandeau chez les libéraux si Taillon perd la course...
Les événements des derniers jours ont créé une situation intenable au sein de l'ADQ. Les blessures sont encore vives, et Éric Caire n'a pas mâché ses mots hier en comparant la candidature de Gilles Taillon à celle d'un «poteau», c'est-à -dire un candidat qui est là pour la forme, pour combler un vide. Ce n'est pas demain que tout ce beau monde pourra se retrouver sur une même tribune et faire semblant qu'il ne s'est rien passé de grave. Mais il ne reste qu'un mois à l'ADQ pour se trouver un chef. Si les candidats ne parviennent pas à baisser le ton, les militants n'auront pas tort de penser, comme MM. Taillon et Caire, que leur formation politique est véritablement «moribonde» et «aux soins intensifs». Si tel devait être le cas, ce sera la curée. Tels des vautours, libéraux et péquistes se précipiteront sur leur proie, avant même que le corps ne soit refroidi.
Hypocrisie parlementaire
Libéraux et péquistes se querellent sur l'éthique des parlementaires. Les libéraux réclament l'adoption d'un code d'éthique avant de nommer un commissaire, et les péquistes réclament la nomination d'un commissaire avant de bouger sur le code. L'oeuf ou la poule? C'est Amir Khadir qui avait raison, hier, en déclarant que la nomination d'un commissaire permettrait à ce dernier d'accompagner les parlementaires dans leur démarche, et de mieux interpréter ensuite le code qu'ils voudront bien se donner. Tout ce débat est hypocrite. Je soupçonne le PQ de ne pas se presser parce que ça lui permet de continuer à accuser le gouvernement de manquer d'éthique. Et j'accuse les libéraux, qui se sont traîné les pieds en ce domaine depuis 2003, d'être de mauvaise foi.
















