Si le chef libéral pensait que la semaine de relâche lui donnerait tout le temps voulu pour mener une campagne visible, le sort a joué contre lui. Des libéraux anonymes lui reprochent de ne pas mettre de viande autour de l'os - autrement dit, de ne rien proposer de différent aux électeurs.
D'autres - lire Denis Coderre - lui coupent les jambes et le souffle en manoeuvrant de manière pas très discrète pour éliminer des candidatures de premier plan comme celle de l'ancien ministre Martin Cauchon. Sans compter celles de Liza Frulla ou d'Hélène Scherrer.
Comme on ne prête qu'aux riches, le lieutenant québécois de M. Ignatieff profiterait de son pouvoir pour repousser d'éventuels concurrents lors de la prochaine course à la direction du PLC.
M. Coderre est un homme pratique. Il a passé son tour à la dernière occasion en disant qu'après Stéphane Dion, ce n'était pas l'heure des Québécois. M. Cauchon a fait le même raisonnement, et tous deux se préparent pour l'après-Ignatieff en espérant que la tradition de l'alternance linguistique se maintienne.
Les libéraux affrontent un problème majeur, au Québec : ils n'ont pas beaucoup de circonscriptions à offrir à des candidats de premier plan, à des futurs ministres qui ne veulent pas se salir les mains dans des luttes difficiles.
Conséquence : M. Coderre tente de libérer des sièges acquis à son parti et d'imposer ses choix. Comme si les électeurs d'Outremont ou d'ailleurs votaient tous comme des moutons.
Justement, dans Outremont, un des mal-aimés actuels du parti, Stéphane Dion, avait imposé Jocelyn Coulon après le départ de Jean Lapierre. Thomas Mulcair s'est empressé de prendre la circonscription au nom du NPD. Il l'a conservée aux générales d'octobre dernier, mais aurait connu des difficultés contre M. Cauchon. Aujourd'hui, il se réjouit, le vent a tourné en sa faveur.
Revenons d'ailleurs au cas de M. Dion. Paul Martin l'avait laissé tomber après le départ de Jean Chrétien, puis invité à céder sa place dans Saint-Laurent-Cartierville. On ne fait pas le coup à M. Dion; l'homme réagit à toutes les provocations.
M. Coderre devrait donc savoir que la seule manière de récupérer le siège de l'ancien chef est de lui laisser la sainte paix.
M. Dion assume sa tâche de député, ne travaille dans le dos de personne et se remet peu à peu du choc de son échec électoral et de son catastrophique gouvernement de coalition avorté.
À mon avis, il pourrait faire plus et mieux. Sa proposition d'une taxe sur le carbone reçoit de plus en plus l'aval de la communauté internationale, même si elle est tombée victime de sa complexité et des attaques démagogiques des conservateurs.
Mais quiconque le bouscule ne fait que retarder son choix d'une nouvelle carrière.
Oups, j'oubliais : le programme économique de M. Ignatieff. En mots simples, il commencera par ouvrir les livres du gouvernement, pour faire connaître à tous la vérité.
Puis, il proposera un plan équilibré de rétablissement. Pas trop lent, pas trop rapide, cela dépendra de ce qu'il aura trouvé dans les livres.
Et enfin, il «fera grandir notre économie». Plus que des engagements précis, M. Ignatieff nous propose un état d'esprit, une approche qu'il veut distincts de ceux de son rival Stephen Harper.
Son incapacité à renverser le gouvernement l'oblige à garder quelques cartouches bien au sec pour la vraie campagne, et cela transpire sur le contenu de ses discours.










