La première portait sur l'avenir des 500 employés de la papeterie Kruger, à Trois-Rivières, la seconde sur le manque de projets d'infrastructures au Québec, et la troisième reprenait ce même sujet en anglais.
Serait-ce que le Québec a soudainement pris le contrôle du Parti libéral? Ou encore, est-ce que la «gang de Toronto» qui entoure M. Ignatieff a fait traduire quelques articles de journaux pour savoir ce qui se passe chez nous?
Simple coïncidence, explique-t-on, mais qui peut croire à un tel hasard au beau milieu d'une crise politique provoquée par celui qui était sans doute le plus orthodoxe et le plus partisan d'entre eux?
Son ancien lieutenant, lui, brillait toujours par son absence, au Parlement; soit qu'il panse ses plaies, soit qu'il prépare son prochain coup au lendemain de sa démission comme responsable politique du PLC pour le Québec.
M. Coderre ratera également la réunion du caucus de ce matin, et il ne s'en portera que mieux. Hors caméras et hors micros, certains ne cachent pas leur antipathie totale envers leur ex-patron et n'ont tout simplement plus envie de le voir.
Car s'il a pour tout dire mis fin à sa carrière, le député de Bourassa hypothèque également celle de ses collègues et, surtout, celle de son chef. Déjà une proie facile pour Stephen Harper, M. Ignatieff doit maintenant jouer au pompier dans son propre parti.
Imaginez, alors même que le PLC pose la question de confiance au Parlement, un débat qui aura lieu demain, son chef reçoit une gifle magistrale de son lieutenant québécois.
De quoi abolir le poste à tout jamais, et j'ai l'impression que c'est ce qui va se produire. M. Ignatieff ne laissera plus personne prendre des décisions à sa place, et surtout pas un éventuel candidat à sa succession dont il pourrait douter de la loyauté.
En attendant, les libéraux doivent prier pour que les conservateurs ne se laissent pas battre volontairement lors de ce vote et les surprennent avec une élection dont ils ne veulent plus.
Pour calmer le jeu, les libéraux ont envoyé le député Marc Garneau subir le tir des journalistes, en après-midi, sous prétexte qu'il préside le caucus du Québec et se retrouve de fait le premier responsable du parti pour le moment.
Mais entré en politique en guise de seconde carrière, l'ancien astronaute demeure toujours un genre d'extraterrestre dans le monde de la partisanerie, au point même d'en oublier de poser ses questions en français, aux Communes.
M. Coderre a été victime de ses émotions, nous a-t-il donc dit pour expliquer son départ fracassant. Fin psychologue, M. Garneau a parlé d'un «ego blessé» et de «l'orgueil» de son collègue, mais lui-même fait preuve d'un état de déni total.
Seul contre l'évidence, le député de Westmount n'en démord pas : «C'est exagéré de dire qu'il y a un gros problème, a-t-il lancé. Il y a un petit problème, il y a des ajustements à faire».
«Mais gardons les choses en perspective, s'est-il empressé d'ajouter, c'est pas vraiment la façon que ça a été présenté dans les médias.» Comme quoi M. Garneau apprend vite : quand il y a une crise, c'est la faute aux journalistes!
Si les libéraux nient que leur parti soit dirigé par une clique de Toronto, le Globe and Mail s'est rappelé à leur bon souvenir en publiant justement, hier, les noms et les photos des cinq membres les plus influents de cette clique. Encore la faute des médias, je vous dis!











