Stephen Harper n'est pas le seul politicien à faire état de ses talents musicaux. Jack Layton a sorti sa guitare à quelques reprises en campagne électorale. En 1985, Brian Mulroney a entonné When Irish Eyes Are Smiling aux côtés de Ronald Reagan au cours d'une réception très officielle à Québec.
La musique est une belle façon pour les politiciens de se faire connaître sous un autre jour, mais tous n'ont pas ce talent. Pierre Trudeau impressionnait par sa mémoire des textes, ses exploits sportifs et ses pitreries devant la reine. À Québec, Jean Charest aime partager son amour de la cuisine, et Pauline Marois peut vous entretenir de sa passion pour les fleurs.
Le côté plus personnel des politiciens n'est pas sans intérêt, mais ce n'est pas une raison pour les élire. Ce sont leurs politiques qui doivent guider l'électorat. Le pianiste Stephen Harper qu'on a entendu en fin de semaine est le même homme qui a quitté une réunion importante de l'Assemblée générale des Nations unies le 23?septembre pour inaugurer un centre d'innovation de Tim Horton à Oakville. C'est également l'un des rares chefs de gouvernement du monde occidental à avoir pris ses distances de la Chine pour des raisons encore nébuleuses. Bref, comme le dit la chanson des Beatles qu'il a fredonnée en fin de semaine, c'est quelqu'un qui a besoin d'un little help from my friends.
Michael Ignatieff a également besoin d'aide. Il fallait le voir donner l'accolade à Stéphane Dion et vanter ses politiques environnementales, dimanche, pour comprendre à quel point il est un peu perdu. Réclamer des élections quand votre lieutenant québécois démissionne et que les sondages vous condamnent à la défaite doit être très inconfortable. C'est surprenant de constater à quel point le bagage de sympathie du chef libéral, bâti autour de sa reconnaissance du Québec comme une nation, a pu fondre rapidement. Le sauveteur du PLC qu'il était l'hiver dernier avait l'air de s'accrocher à une bouée, dimanche à Québec. Ça rappelle étrangement une autre grande vedette du Parti libéral, Paul Martin... Et plus loin en arrière, un certain John Turner.
Mais attention aux conclusions hâtives. Stephen Harper aussi a vécu des heures très sombres et Jean Charest a connu le même sort lorsqu'il était chef de l'opposition. Le héros d'un jour devient souvent le zéro du lendemain en politique, mais il peut rebondir tout aussi rapidement. Le véritable problème des libéraux fédéraux n'est pas qu'ils soient à la baisse dans les sondages. C'est qu'il leur reste bien peu de temps pour se reprendre en main avant les prochaines élections. Dans les circonstances, ils sont bien heureux que le duo Harper-Layton au piano et à la guitare ait reporté cette échéance un peu plus loin...










