Le capitaine Garneau «rétrogradé»...

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Raymond Giroux
Le Soleil

(Ottawa) Capitaine dans les Forces canadiennes, au moment de sa retraite, puis président de l'Agence spatiale canadienne, Marc Garneau a perdu du galon dans la foulée de son arrivée dans le monde politique.

S'il pensait ne descendre que d'un rang pour devenir lieutenant au sein du Parti libéral, les nouvelles sont mauvaises pour lui : son «général» Michael Ignatieff l'a en quelque sorte «rétrogradé» au poste de simple représentant au sein du conseil de direction de l'aile québécoise de son parti.

Mais heureusement, il n'est plus militaire, et sa vie actuelle se joue sur un autre registre.

M. Garneau a hérité du titre de «représentant du chef», mais pas de celui de lieutenant politique avec toutes les responsabilités qui en découlent. Comme prix de consolation, M. Ignatieff nous a dit mercredi que nous - les journalistes - pouvions quand même l'appeler lieutenant si cela nous tentait.

Mais voilà, cela ne me tente pas.

Le modèle de gestion choisi par le chef sent la centralisation des pouvoirs à plein nez, et je n'ose faire mon Denis Coderre en prétendant que cela vient de Toronto.

Si M. Garneau représente le chef dans les instances québécoises, il n'ira certainement pas prendre des initiatives qui contredisent la ligne nationale établie quelque part en haut lieu. Il n'en mènera pas aussi large que son prédécesseur désavoué.

Normalement, un chef et son second doivent se compléter, offrir des qualités et des compétences différentes. Or MM. Ignatieff et Garneau se ressemblent tellement que l'offre de leadership libéral manque de diversité, au Québec.

Je ne critique pas, je constate : les deux ont réussi l'essentiel de leur brillante carrière hors du Canada pour l'un, hors du Québec pour l'autre. En prime, M. Garneau, à son honneur, a volé 677 heures dans l'espace.

Mais le retour aux sources, fort louable, assorti à un changement de carrière tardif, entraîne sa charge d'inconvénients, y compris un manque d'enracinement dans leur propre parti politique.

M. Coderre avait dépassé les limites de l'acceptable, au sein de son parti. À preuve, seul un quarteron d'amis a pris congé avec lui, ce qui n'a rien à voir avec une décapitation annoncée.

À son départ, la première réaction de la majorité de l'opinion anglo-canadienne comme des libéraux a été l'étonnement : comment se fait-il que seul le Québec avait droit à un lieutenant? Même M. Ignatieff avait annoncé - trop vite - la disparition de ce titre.

Mais l'histoire politique démontre que le Parti libéral a profité de la formule : réaliste, il sait que les électeurs québécois réagissent différemment des autres Canadiens. La présence d'un lieutenant puissant et respecté l'a trop bien servi pour qu'il l'abandonne à la première crise.

Marc Garneau n'est pas Denis Coderre, il l'a lui-même confirmé en point de presse. Bon point, se disent ses collègues, d'autant plus qu'il me semblait parfaitement heureux de laisser le poste d'organisateur en chef à quelqu'un d'autre.

Le nouveau «représentant» s'est aussi donné comme mission de faire porter les intérêts des Québécois à la direction de son parti. Il faut lui concéder ses efforts pour reprendre lien avec le Québec, ces dernières années, lui qui a admis en avoir eu longtemps une vision tronquée par le prisme des médias anglophones.

S'il veut atteindre ses objectifs, je lui donne un seul conseil : sortir de Westmount-Ville-Marie, franchir les ponts de Montréal, prendre son bâton de pèlerin et multiplier les tournées du Québec.

Il y croisera souvent Gilles Duceppe, Christian Paradis ou même Thomas Mulcair, encore que ce dernier en a plein les bras avec sa propre circonscription d'Outremont. C'est là, en province, que se gagnent les élections.

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