Assez pour que le maire Labeaume envoie à tous les employés une lettre et une vidéo d'une minute et demie pour tenter d'apaiser la grogne. «Vous avez été offensés, et j'en suis sincèrement désolé», dit-il en invitant les employés à tourner la page.
Je ne me souviens pas avoir vu à l'hôtel de ville pareille opération de damage control.
À l'origine de l'accrochage, un article du Journal de Québec de vendredi dernier. Le texte prêtait au maire Labeaume l'intention de miser sur la «crainte pour mener à bien sa réforme administrative».
M. Labeaume a reconnu avoir parlé de «crainte», mais insiste que c'était en réponse à une question sur la lutte contre la corruption. Le Journal en a convenu dans sa livraison du lendemain.
Ce qui avait créé la confusion, c'est que la réponse du maire s'était prolongée. Il avait enchaîné en parlant de l'implantation de GPS dans les véhicules de la Ville, qu'il voyait comme un moyen de démasquer des employés qui se donneraient rendez-vous au Tim Hortons.
Il avait poursuivi avec les congés de maladie et l'imposition d'un nouveau code de conduite pour les employés.
Dans une entrevue à CHOI la semaine dernière, le maire Labeaume s'était aussi fait poser une question sur la lutte contre la corruption : Comment faire pour éviter de perdre le contrôle comme à Montréal?
Sa réponse : à peu près la même. «Faut que le maire grogne... Faut que les gens aient un petit peu peur du maire... Faut toujours poser les questions et garder tout le monde sur les épines...»
Les syndicats n'ont pas cru à un accident de langage ou à une mauvaise interprétation dans le Journal. Ils ont reconnu le même maire qui dénonçait l'an dernier les «fourreurs de système». Un autre maire aurait sans doute profité du bénéfice du doute. Pas M. Labeaume.
Les chats échaudés craignent l'eau froide.
M. Labeaume se défend de vouloir pratiquer une gestion par la peur qu'il associe à une «attitude de patron du Moyen Âge». Des spécialistes des relations de travail notent cependant que, souvent, la méthode marche. Les extraits suivants sont tirés de la revue Commerce de juin 2008.
«Steve Jobs, pdg d'Apple, gare sa voiture dans les espaces réservés aux handicapés. Il fait régulièrement pleurer ses employés et n'hésite pas à les congédier en leur disant des bêtises.»
Pendant qu'on lui présente des projets, Bill Gates garde les yeux fermés et se balance sur sa chaise, rapporte un ancien collaborateur. Puis, soudain, il se met à crier : «C'est la putain d'idée la plus stupide que j'ai entendue depuis que je suis chez Microsoft!»
Le ton est dur, mais des employés «aiment travailler pour des gens intimidants, car ils apprennent d'eux et les trouvent inspirants», notait un professeur.
La gestion par la peur donne une direction claire, permet d'affronter des échéances serrées et de maintenir un contrôle dans l'équipe, constatait un autre.
Il y a évidemment un revers. La gestion par la peur neutralise l'innovation et le goût du risque. Elle mène à une perte de productivité et de fidélité à l'organisation.
Cette intimidation prend plusieurs formes. Reproches, menaces, chantage, exemples punitifs.
Les réactions agressives produisent le même effet. «Sacrer, frapper du poing sur la table... Cela ne vise pas directement l'employé, mais c'est tout de même intimidant.»
De grands gestionnaires et redresseurs d'entreprises ont misé sur la peur, observait le président de Dolmen Capital humain, François Berthiaume, toujours dans Commerce.
«Ce ne sont pas des anges... Ils ont un droit de vie ou de mort sur tout ce qui se passe dans l'organisation.»
Peut-être est-ce approprié le temps d'imposer un virage, dit-il. Mais ensuite, les «redresseurs doivent partir. Sinon, le climat se détériore».
Mais nous étions en train de parler de Québec, n'est-ce pas? Désolé, je crois que je me suis un peu égaré en chemin.
Précision (le 9 octobre)
La chronique «Faut-il avoir peur du maire?» a emprunté à la revue Commerce une citation de François Berthiaume de l'entreprise Dolmen Capital humain. Dans l'extrait, il expliquait que les redresseurs d'entreprises ne sont «pas des anges» et doivent parfois partir une fois le virage accompli, sans quoi le climat peut se détériorer. Les propos de M. Berthiaume rapportés par Commerce et Le Soleil ne visaient d'aucune façon la Ville de Québec ou son maire. Désolé si le texte a pu laisser cette impression.
François Bourque











