Que s'est-il donc passé pour que Québec soit aujourd'hui si convaincue de pouvoir se payer une équipe? Sommes-nous vraiment plus riches qu'il y a 15?ans? Fort possible. Les meilleures preuves ne sont pas nécessairement dans les statistiques officielles.
Il fut un temps où il n'était pas nécessaire de réserver dans les restaurants chics de Québec. Une époque où les regards se tournaient au passage d'une BMW ou d'une Mercedes. Plus maintenant. Il y en a trop.
Jalbert vendait à l'époque 225 BMW par an, et le concessionnaire Mercedes, plus ou moins 200 voitures.
Aujourd'hui, c'est deux ou trois fois plus, rapporte Bertrand Roberge, propriétaire de BMW Québec. Sans parler des Lexus, Infiniti et autres voitures haut de gamme. Ses clients? Des hommes d'affaires, des jeunes de 30-40?ans, des plus âgés aussi.
«Il y a plus d'argent à Québec», perçoit M. Roberge. Probable. Mais il peut y avoir d'autres explications : une BMW coûtait jadis 50 000 $; aujourd'hui, elle est à vous pour seulement 33 000 $.
Autre signe des temps, la hausse spectaculaire de la valeur du parc immobilier. On construit de plus en plus gros, de plus en plus cher. Il y a désormais 75 maisons évaluées à plus de 1 million $ à Québec.
Des privilégiés, pouvons-nous penser. Des exceptions qui ne reflètent pas la situation de l'ensemble des citoyens.
Peut-être. Mais c'est exactement le genre de «détails» qu'on a envie de connaître avant de ramener une équipe de la Ligue nationale ou de bâtir un amphithéâtre pour des artistes planétaires exigeant de gros cachets.
C'est d'abord la classe aisée et les entreprises privées qui font vivre les équipes professionnelles et les amphithéâtres, explique le professeur d'économie Marc Lavoie de l'Université d'Ottawa, qui a publié plusieurs recherches sur l'économie et le sport.
Ce ne sont pas les pauvres ni la classe moyenne qui, souvent, ne pourront se payer mieux qu'un match ici et là, parfois un spectacle.
Les résultats obtenus par le groupe J'ai ma place auprès des entreprises sont ici un bon indice : 70 options d'achat sur des salons corporatifs vendus à 25 000 $.
Ces entreprises auront-elles toutes les reins assez solides pour débourser 100 000?$ par an pour louer et animer ces salons? La preuve reste à faire, mais l'intention y est.
À l'époque du départ des Nordiques, la Chambre de commerce de Québec comptait 1800 membres; elle en a aujourd'hui 4500, signe de la vitalité de l'économie de Québec.
On vante d'ailleurs la diversification de cette économie, l'émergence des nouvelles technologies et des pharmaceutiques, l'essor des secteurs des assurances, de la finance et de l'immobilier.
Ces entreprises paient souvent de bons salaires, ce qui devrait intéresser les promoteurs de hockey et d'amphithéâtres.
Dans les faits, le profil économique de la région a pourtant peu changé. Les secteurs public et parapublic comptent encore pour 28 % des emplois (Québec-Chaudière-Appalaches), pas beaucoup moins que les 29,7 % de 1995, selon l'Institut de la statistique du Québec.
Les citoyens de Québec ont plus d'argent dans leurs poches qu'il y a 15 ans, une fois les impôts payés, a noté la Fédération des caisses Desjardins.
Le revenu disponible par habitant est passé de 17 312 $ en 1995 à plus de 27 000 $ en 2008, dépassant même celui de la RMR de Montréal. Mais il faut comprendre que le coût de la vie a aussi progressé pendant cette période.
Il ne suffit pas de mesurer le niveau de richesse d'une ville pour juger de sa capacité à soutenir une équipe de hockey.
Il faut prendre en compte de nombreuses variables. Le dollar canadien, qui valait 73 cents américains au milieu des années 90 vaut actuellement 98?cents, ce qui facilite la vie des équipes canadiennes.
Mais il faut voir aussi les coûts d'exploitation, les règles de péréquation dans la ligue, les revenus des produits dérivés et des contrats de TV. Les revenus de demain qui viendront davantage d'Internet et des nouveaux supports.
Le plafond salarial empêche aujourd'hui les salaires d'exploser comme dans les années 90. C'est plus rassurant. Sauf que la masse salariale des équipes est élevée (entre 40 M $US et 56 M $US). Les Nordiques payaient 20 M $US avant leur départ. Je doute que la capacité de payer de Québec ait progressé dans les mêmes proportions depuis 15 ans.
Il se peut que Québec est aujourd'hui plus riche qu'en 1995. Mais c'est probablement dans la tête plus que dans le porte-monnaie que le changement est le plus spectaculaire.
Un changement d'attitude. Pas seulement à la mairie, mais dans les médias et dans la population, sans présumer de ce qui est la poule et de ce qui est l'oeuf.
L'idée de financer un nouvel amphithéâtre par des fonds publics faisait presque scandale en 1995. Le gouvernement avait même refusé d'y consacrer une nouvelle loterie pour ne pas nuire aux autres tirages.
Aujourd'hui, les élus se bousculent aux micros pour dire combien ils sont favorables au projet. Peu de voix s'élèvent contre l'idée de recourir aux fonds publics.
La suite dépendra aussi de la volonté de la Ligue nationale de hockey de ramener une équipe à Québec.
La réaction du président Gary Bettman lors de la visite du maire Labeaume la semaine dernière fait ici penser à celles des membres du CIO à l'endroit des villes qui les courtisent pour les Jeux.
Ils jouent la carte de la compétition, les poussent à investir dans leurs infrastructures, entretiennent savamment l'espoir qu'un jour, ce sera leur tour, mais se gardent bien de ne jamais rien promettre. Le jour du vote, il y a souvent des mauvaises surprises. Québec est bien placée pour le savoir.












