Sa prudence, sa façon de peser les mots, son souci de ne pas se mettre un pied dans la bouche, d'esquiver les questions auxquelles il n'avait pas le goût de répondre ou dont il préférait réserver la réponse pour plus tard.
C'est nouveau. M. Labeaume avait l'habitude de réfléchir à voix haute, de livrer à mesure ses idées, grandes et petites. Il était spontané, candide, presque insouciant.
Ses réponses étaient souvent affirmatives, mordantes, catégoriques; ses solutions, rapides et parfois simplistes, pour des problèmes dont la complexité lui échappait encore.
Lors de la campagne de 2007, il croyait par exemple qu'il suffirait pour transformer la gestion de la Ville de confier un mandat à une firme privée qui lui livrerait une recette magique. Il a compris depuis que le processus sera plus long que prévu.
Lorsqu'il parlait de revoir le branding de la ville en 2007, le candidat Labeaume avait une idée toute prête, «Québec techno», et n'était pas gêné de la partager.
Sauf erreur, il n'a pas prononcé le mot techno une seule fois jeudi en près de deux heures d'entrevue. Peut-être que les questions ne s'y prêtaient pas, remarquez.
M. Labeaume a répété qu'il souhaitait toujours un nouveau branding et rapporte avoir commencé une démarche et y travailler de façon très sérieuse. On ne lui arrachera rien de plus avant les élections, prévient-il.
Le Labeaume 2009 est à l'évidence plus réfléchi, plus nuancé, plus stratégique, plus patient. J'allais dire plus zen, mais comme vous ne voudrez pas me croire, je n'insisterai pas.
Le changement de style a été progressif, s'est opéré à mesure qu'il apprenait à connaître la Ville et ses impondérables. Ce fut parfois douloureux, pour les autres comme pour lui. Combien de fois l'avons-nous entendu s'excuser ou promettre de faire plus attention?
Le maire Labeaume est le premier à savoir qu'il s'échappe encore, mais «je pense que j'ai changé», me disait-il, il y a quelques jours.
«Je ne fais pas une crise à chaque fois que je vois une opinion du lecteur qui m'est défavorable le matin; j'ai appris à me ménager un peu, sinon je vais péter au frette... Je ne saute plus à toutes les fois où l'opposition dit quelque chose; je saute encore, mais moins.»
«Le maire aussi, il faut qu'il change de mentalité, de comportement peut-être», a confié M. Labeaume en réponse à une question sur les relations avec ses employés. Pourquoi?
Parce que «le maire a été un peu rough; il ne le regrette pas nécessairement, mais il y a des mots qu'il n'est pas obligé de dire».
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Dans les mois suivant son arrivée au pouvoir, le maire Labeaume tirait en rafale sur tout ce qui bougeait : politiciens, lobbyistes, employés, 400e, Francophonie, etc. Une entrée politique fracassante dont on se souvient encore.
Aux collaborateurs qui l'invitaient à un peu de retenue, il répondait : «N'essayez pas de me packager.»
Je ne dirais pas que ses collaborateurs l'ont eu à l'usure. Régis Labeaume est resté intense, imprévisible, impétueux; il dégage la même énergie, la même confiance, la même vision foisonnante d'une ville qui le passionne.
Mais le style a changé. Un peu. Je le regardais jeudi après-midi à la table du Soleil, les cheveux mieux rangés qu'à la dernière campagne, plus soucieux de son image et des impacts de ce qu'il dit.
À tout moment, il se tournait vers son conseiller en communications, s'assurait qu'il n'allait pas trop loin.
- Des réponses brèves, lui a soufflé le conseiller aux questions sur les relations avec les employés de la Ville.
- Tu trouves que c'est dangereux, ce qu'on parle là, de s'amuser le maire.
Mais il a fait ce qu'on lui demandait :
- On sait où on s'en va, mais on n'a rien à dire là-dessus.















